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Colloque AUDIO 2000 : la prise en charge des déficiences auditives en Russie

Les audioprothésistes du réseau AUDIO 2000 se sont réunis à Saint-Pétersbourg en mai dernier, pour échanger et s’inspirer des bonnes pratiques mises en œuvre en Russie. Les congressistes ont notamment pu entendre le Professeur Maria Boboshko, professeur d’ORL et responsable du laboratoire de l’audition et du langage à l’université de médecine Pavlov de Saint-Pétersbourg, ainsi que le Professeur Neylya Mileshina, chirurgien ORL au Centre de recherche en audiologie et en réadaptation de l’audition à Moscou.

Vue sur l'oreille d'une femme

© Bonerok

« Treize millions de Russes souffrent de perte auditive, et parmi eux 1 million d’enfants » constate le Professeur Neylya Mileshina. Plus le dépistage des troubles auditifs est précoce, plus il sera facile de proposer une rééducation adaptée aux enfants. « Les programmes d’assistance qui ont débuté avant les 6 mois de l’enfant sont les plus efficaces » explique le Professeur Maria Boboshko. Ces programmes incluent tous les types d’aide, aussi bien technique (aide auditive, implant cochléaire) que médicale, psychologique ou pédagogique. Les enfants peuvent aussi bénéficier de séances de réhabilitation, destinées à leur permettre de communiquer avec les autres, quel que soit leur handicap.

96,7 % des nouveau-nés dépistés !

Le dépistage auditif des nouveau-nés russes a débuté en 1996. En 2007, un programme pilote de dépistage auditif systématique a été lancé dans plusieurs maternités. Dès l’année suivante, le dépistage universel est devenu effectif sur tout le territoire. D’abord dans les grandes maternités, puis dans les centres ruraux. Dans le même temps, un grand programme de formation était entrepris, aussi bien auprès des audiologistes que des spécialistes en néonatologie, des pédiatres et des infirmiers.

Après presque 10 ans de recul, on peut dire que le système fonctionne. En 2014, on estimait que 96,7 % des nouveau-nés russes en avaient bénéficié. On constate une perte auditive chez 3 nouveau-nés pour 1 000 naissances (0,3 %). La perte est considérée comme sévère pour environ un tiers d’entre eux. De nombreuses causes de surdité sont identifiées, comme les infections in utero, les toxicités médicamenteuses, l’hérédité, certains troubles neurodégénératifs ou encore les traumatismes crâniens. Cependant, ces surdités congénitales sont sans cause connue dans la moitié des cas. Qui plus est, 80 à 90 % des enfants malentendants ont des parents normo-entendants. Ces constatations mettent l’accent sur l’importance du dépistage universel plutôt qu’un dépistage « ciblé ».

Soigner plus précocement

Ce programme a permis une prise en charge beaucoup plus précoce et plus adaptée. Ainsi, pour les implants cochléaires, l’âge moyen des patients est passé de 3,4 ans à 1,9 ans entre 2010 et 2016, note le Pr. Mileshina.

Même constatation pour le Pr. Boboshko. Les principales structures de prise en charge des troubles auditifs à Saint-Pétersbourg, la deuxième plus grande ville russe avec 5 millions d’habitants, sont dédiées aux enfants. Tous les enfants, au regard du degré de la perte auditive, reçoivent une aide gratuite incluant les aides auditives et les implants cochléaires. Par ailleurs, il existe 6 écoles maternelles et 3 écoles primaires pour des enfants malentendants à Saint-Pétersbourg. Enfin, un programme d’éducation inclusive est en cours de développement.

Des signes d’alerte à ne pas négliger

Si le dépistage néonatal est aujourd’hui totalement fonctionnel, les troubles auditifs peuvent aussi se développer après la naissance. Le Pr. Boboshko attire l’attention des parents et des médecins sur un certain nombre de signes qui suggèrent un problème d’audition, notamment le fait qu’un enfant soit inhabituellement calme et ne réagisse pas aux bruits autour de lui. La surdité peut également être acquise au décours de l’enfance, suite à un accident ou une maladie. Quand l’enfant grandit, le retard de développement de la parole, l’absence d’intonations et la non réponse quand l’enfant est appelé doivent alerter car ils peuvent indiquer une baisse des capacités auditives. 60 % des déficiences auditives chez les enfants de moins de 15 ans sont attribuables à des causes évitables.

250 000 aides auditives distribuées sur tout le territoire

Les adultes ne sont pas oubliés. La principale structure à Saint-Pétersbourg, le Centre auditif municipal, reçoit chaque année 25 000 patients, des enfants mais également des adultes. Il met à disposition plus de 3 500 aides auditives gratuites tous les ans. À noter qu’en Russie, les enfants, les retraités et les personnes touchées par un handicap ont droit tous les 4 ans à des aides auditives gratuites (ou à une remise à niveau gratuite de leur appareillage). Sur l’ensemble du territoire, ce ne sont pas moins de 250 000 aides auditives qui sont distribuées chaque année.

À Saint-Pétersbourg, le laboratoire de l’audition et du langage que dirige le Pr. Boboshko reçoit de son côté plus de 5 000 patients par an. Ce laboratoire intègre une équipe pluridisciplinaire rassemblant des médecins, des ingénieurs, des acousticiens, des orthophonistes et des audiométristes. Il associe la recherche fondamentale et la recherche clinique dans le domaine du diagnostic, de la correction et du traitement des désordres auditifs. À l’arrivée en magasin, après obtention d’un rendez-vous le plus souvent dans la semaine, un bilan auditif gratuit est systématiquement proposé. Il dure une demi-heure. Les clients sont de tous âges. En premier lieu, le spécialiste procède à l’anamnèse : il détaille l’histoire auditive avec le client. Sont consignées les otites, les opérations de l’oreille, les professions à risques ou les loisirs bruyants, ainsi que les antécédents familiaux.

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