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Pierre Lemarquis : « La musique sculpte et caresse le cerveau »

Écouter de la musique est une expérience sensorielle singulière qui peut apporter du plaisir, faire frissonner, calmer ou au contraire exciter. Pierre Lemarquis, neurologue spécialiste de l’impact de la musique sur le cerveau, nous explique qu’écouter ou jouer de la musique a encore d’autres propriétés, bénéfiques pour notre cerveau et notre santé en général.

Portrait de Pierre Lemarquis

Pierre Lemarquis

– Quels sont les effets de la musique sur le cerveau ?

Pierre Lemarquis : La musique agit sur le cerveau de deux façons : elle le sculpte et elle le caresse, en jouant sur nos deux cerveaux. D’une part, elle influe sur le cerveau intellectuel, qui capte des informations et les confronte à ses connaissances pour diriger nos actions. C’est le cerveau qui nous permet de rester en vie. On dit que la musique « sculpte » le cerveau car la zone cérébrale qui régit les lèvres d’un flûtiste est plus développée, de même pour la zone régissant les 4e et 5e doigt d’un violoniste. Plus généralement chez les musiciens, on observe très bien en Imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) que les connexions entre les deux hémisphères cérébraux sont meilleures.

D’autre part, la musique agit sur le cerveau des émotions, celui qui nous donne envie de rester en vie. Elle active différentes secrétions hormonales : la dopamine qui agit sur la joie de vivre, les endorphines qui agissent sur la douleur comme la morphine, la sérotonine qui est un antidépresseur naturel, ou encore l’ocytocine qu’on qualifie d’hormone de l’attachement… Quand on écoute de la musique forte, on sécrète de l’adrénaline et, au contraire, on observe une diminution du cortisol, l’hormone du stress, lorsque l’on écoute de la musique calme.

– Plus généralement, comment la musique peut-elle agir sur notre état de santé ?

P. L. : L’impact de la musique sur la santé est considérable depuis la naissance jusqu’à la mort, d’autant qu’on a vu précédemment qu’elle provoquait des secrétions de neuromodulateurs dans le cerveau. Chez un prématuré, l’écoute de la musique, ou encore mieux, l’écoute de la voix de sa mère qui chante, diminue le stress et l’immunodépression. Le bébé sortira plus vite des soins intensifs. Grâce à la musique, les enfants apprennent plus précocement à parler. Chez les enfants autistes, alors que les informations sensorielles peuvent être perçues comme agressives, la musique passe parfois très bien.

« La musique active plusieurs secrétions hormonales : la dopamine, les endorphines, la sérotonine ou encore l’ocytocine… »

À l’âge adulte, le chant permet de récupérer plus vite d’un accident vasculaire cérébral, la musique sert alors de béquille. De même que pour les personnes atteintes de la maladie de Parkinson, le rythme de la musique améliore le mouvement. Une personne souffrant de la maladie d’Alzheimer ayant oublié le langage peut reconnaître un morceau de sa jeunesse, cela permet de maintenir un lien avec son entourage. Enfin, la musique réconforte aussi les personnes en chimiothérapie ou mourantes en amenuisant leurs douleurs et en les distrayant.

Petit garçon jouant du violon

©South_agency

– Quel est son rôle dans les liens sociaux ?

P. L. : Chanter ensemble ou jouer un instrument dans un orchestre permet aux communautés de se souder. Les neurones miroirs permettent une résonance émotionnelle. Cette catégorie de neurones, qui joue un rôle important dans la cognition sociale, a la particularité de s’activer de la même façon lorsque l’on exécute une action que lorsque l’on assiste à cette même action, réalisée par un autre individu. L’expérience vénézuélienne d’El Sistema, où des enfants de familles pauvres se sont mis à la pratique instrumentale collective, a montré de nombreux bénéfices pour les petits musiciens, tant sur le plan scolaire qu’affectif. Et on se souvient tous de la dernière scène des Sentiers de la Gloire de Stanley Kubrick quand soldats français et allemands chantent ensemble en oubliant le conflit qui les oppose…

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