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Autisme : Soigner le regard, une nouvelle approche thérapeutique

Une équipe française de l’Inserm a montré que les troubles liés au regard chez les autistes étaient liés à une anomalie cérébrale. La stimulation ou l’inhibition de la zone identifiée comme anormale permet de modifier le comportement visuel. Une découverte passionnante qui pourrait conduire un jour à la mise au point de traitements pour rééduquer le regard des autistes et les aider à entrer en contact avec le monde.

 

Cute Boy looking through the windowSi l’autisme présente des formes extrêmement variées, le point commun de toutes les personnes atteintes de troubles autistiques est la difficulté à établir des relations sociales avec le monde environnant. Cette difficulté se manifeste en particulier au niveau du regard. Très tôt, l’être humain regarde ses congénères dans les yeux, afin de deviner leurs intentions et leurs sentiments. Des travaux récents ont d’ailleurs montré que chacun de nous a un regard spécifique, qui est comme une signature, au même titre que les empreintes digitales. Autrement dit nos yeux en disent long sur nous.

 

Le rôle du sillon temporal supérieur

Chez les autistes, la capacité à entrer en contact avec autrui par le regard est très perturbée. Certains travaux, notamment une étude américaine publiée en 2013 dans Nature, suggèrent que dès l’âge de deux mois les mouvements des yeux des bébés sont un indice important permettant de prédire le développement d’un trouble autistique.

Monica Zilbovicius

Monica Zilbovicius

En France, l’équipe de Monica Zilbovicius (unité Inserm 1000) travaille depuis plus de 20 ans à identifier les bases cérébrales de l’autisme. « À l’époque on n’avait strictement aucune idée des zones du cerveau impliquées dans l’autisme », explique la chercheuse. Le Pr Zilbovicius a montré qu’une région spécifique du cerveau, le sillon temporal supérieur influence la perception et le comportement du regard. Cette région présente, chez les autistes, des anomalies structurelles et fonctionnelles. L’identification du rôle du sillon temporal supérieur a été une étape décisive. D’autres équipes se sont intéressées à cette région et ont confirmé qu’elle était très importante pour la perception du regard, des mouvements du corps et de la voix [1]. Autrement dit, les trois éléments qui fondent la relation à l’autre.

Parallèlement à cette découverte, les chercheurs de l’Inserm ont mis au point la méthode du eye-tracking (tracé du regard ou « oculométrie »). Cette méthode consiste à placer un enfant devant un ordinateur, à faire défiler sur l’écran des images, et à suivre le mouvement de ses yeux. L’eye-tracking a permis de quantifier les différences entre le regard d’un autiste et celui d’un non autiste. « L’enfant autiste regarde très peu les yeux. Il regarde un peu la bouche, mais comme une synchronie : il observe la corrélation entre le son et le mouvement de la bouche, mais pas la signification sociale des mouvements de la bouche… » ajoute Monica Zilbovicius.

L’espoir d’un traitement par stimulation magnétique transcrânienne

Munie de ces résultats l’équipe du Pr Zilbovicius s’est interrogée sur les moyens de modifier le regard de ces enfants. Les chercheurs ont eu l’idée de tester la stimulation magnétique transcrânienne (TMS), une méthode consistant à exposer certaines zones du cerveau à des champs magnétiques adaptés afin de les stimuler ou au contraire de les inhiber. La TMS a été tentée avec succès dans plusieurs pathologies psychiatriques ou neurologiques. Au premier chef la dépression, mais aussi les TOC, les troubles anxieux, le stress post traumatique, les hallucinations auditives et les acouphènes, la maladie d’Alzheimer. Une première étape a consisté à soumettre des témoins, non atteints par un trouble autistique, à une inhibition de leur sillon temporal supérieur. La TMS a permis de modifier transitoirement leur regard, et les a amenés à regarder « comme les autistes ».

L’idée est aujourd’hui, de tenter l’expérience contraire, à savoir de stimuler la zone chez des patients autistes pour voir si on parvient ainsi à les aider à retrouver un regard plus socialisant. Une première étude sur un effectif réduit a montré qu’il était possible en effet chez certains patients autistes d’améliorer sensiblement la capacité à regarder les autres, grâce à la TMS [2]. Une étude de plus grande ampleur va désormais viser à déterminer chez quels patients cette méthode fonctionne. Des travaux similaires portant sur l’impact de la TMS sur la perception de la voix, sont en cours à l’Institut de Neurosciences de la Timone à Marseille, autour du Pr Pascal Belin.

Ces travaux sont extrêmement importants et permettent d’espérer la mise au point de traitements du regard par TMS. En effet chez l’enfant, il existe de nombreuses méthodes comportementales destinées à apprendre à regarder afin d’entrer en relation avec autrui. Plus la rééducation est réalisée précocement, plus l’enfant acquiert de compétences. La TMS pourrait être utilisée en association avec ces méthodes pour améliorer leur efficacité. Mais c’est surtout chez les adultes chez qui la plasticité cérébrale est moindre que ces techniques semblent tout particulièrement intéressantes.

 

[1] BELIN, Pascal et al. « Abnormal cortical voice processing in autism ». Nature Neuroscience, 2004.
[2] ZILBOVICUS, Monica et al. « Tuning eye-gaze perception by transitory STS inhibition ». Cerebral Cortex, 2016.

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