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Audition des jeunes : les nouvelles solutions de prévention

Alors que les pratiques d’écoute musicale des jeunes ne cessent d’inquiéter les pouvoirs publics, des solutions innovantes existent pour protéger leur audition. Petit tour d’horizon des nouveautés pédagogiques et technologiques en France, à l’heure où le numérique se met au service de l’oreille.

iStock_000089677675_MediumFace à un tel constat, des solutions innovantes fleurissent pour préserver l’oreille des jeunes. « La seule perte d’audition que l’on ne peut prévenir, c’est celle qui survient avec l’âge, au-delà de 50-60 ans », rappelle le Dr Pierre Anhoury, ancien directeur de l’association Agir pour l’Audition, directeur de la stratégie de l’IPRI (International Prevention Research Institute) et membre du groupe de travail sur l’audition à l’OMS.

 

 

Éduquer, encore et toujours

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Sonomètre installé dans une école primaire à Espelette

Outre les événements nationaux « Semaine du son » et « Journée nationale de l’audition », des associations de professionnels de l’audition et même du spectacle prennent le problème à bras le corps. L’idée ? Proposer des animations ludiques et pédagogiques adaptées à l’âge du public. L’association « Agir pour l’Audition » a ainsi lancé deux années de suite un « Audition tour » en France. Un dispositif d’accueil mobile a sillonné le pays et proposé des évaluations auditives gratuites aux habitants.

Dans le village d’Espelette, en 2014, l’école primaire a été particulièrement visée. « Nous avons proposé l’installation d’un sonomètre en cours de récréation et au réfectoire. L’affichage vire au rouge dès lors que les 85 dB sont dépassés. Un outil efficace, enseignants et élèves se responsabilisent eux-mêmes ! », rappelle le Dr Anhoury.

Pour les plus grands, des concerts pédagogiques ont été imaginés. Le dispositif « Peace and Lobe », porté par le RIF (confédération des réseaux départementaux de musiques actuelles et amplifiées), se présente comme un spectacle multiforme, avec musique, théâtre et vidéo, qui sensibilise aux risques auditifs sous une forme humoristique. Une idée qui se déploie et s’étoffe en région. À Roubaix par exemple, l’association ARA (Autour des Rythmes Actuels), entend ainsi aller encore plus loin en formant, en plus de l’organisation des concerts pédagogiques, des relais « audition », capables à leur tour de porter des messages de prévention auprès des jeunes, chez les enseignants, infirmières scolaires ou éducateurs. Une belle initiative, déclinaison « Forma’Son » de leur programme de promotion de la santé auditive « Satisfac’Son », menée en lien étroit avec le rectorat de Lille.

Le plaisir sans le danger

Group of dancing friends enjoying night party

Depuis plusieurs années, la législation française impose des seuils à ne pas dépasser pour l’écoute musicale : 100 dB au casque et 105 dB en salle pour le niveau sonore moyen, 120 dB pour le niveau de crête. Des valeurs qui ont été réaffirmées par la Loi de Santé votée en décembre 2015. Pas assez selon des députés de l’opposition qui ont déposé en début d’année une proposition de loi visant à limiter l’exposition à 100 dB en salle. « Les oreilles ne sont jamais au repos, or il faut limiter non seulement la puissance sonore, mais aussi la durée d’exposition », ajoute le Dr Anhoury. « À 105 ou même 100 dB en discothèques, au-delà de quelques minutes, on peut avoir une destruction irréversible des cellules ciliées ». D’où le développement de technologies de plus en plus sophistiquées pour préserver l’oreille du public.

« Nous avons un agrément de la préfecture pour un niveau de 103 dB, c’est pourquoi nous avons installé des limiteurs qui captent le son des micros, enceintes et de la sortie électrique de la console et qui empêchent tout dépassement de cette limite », explique Clément Rideau, ingénieur du son à la Bellevilloise à Paris. Certaines salles disposent de logiciels encore plus performants. « Nous avons installé un logiciel de mesure systématique des niveaux sonores en tout point de la salle » illustre Gilles Lerisson, directeur technique de la Cigale. Les logiciels les plus intelligents détaillent leurs mesures en fonction des bandes de fréquence, basses ou aigues, et calculent le temps d’exposition. Quelques secondes au-delà de 105 dB peuvent ainsi être tolérées, pour un maximum de plaisir d’écoute sans danger pour les oreilles.

S’aider des nouvelles technologies

Si l’injonction du Haut conseil de la santé publique de 2013 qui réclamait un affichage en temps réel au public via des sonomètres est encore loin d’être applicable, des solutions existent pour se protéger individuellement. Les inévitables bouchons d’oreille en premier lieu. « Les plus basiques peuvent gêner mais il faut inviter les jeunes à s’équiper de bouchons spécialement adaptés à l’écoute musicale en salle », plaide le Dr Anhoury. « À l’IPRI, nous insistons aussi sur l’utilisation intelligente des tablettes et des téléphones ». Car les outils numériques, support d’écoute, intègrent maintenant des fonctions de contrôle. « Il existe des applications de suivi du volume et du temps d’exposition, qui peuvent brider les appareils et afficher des messages à l’écran ». Pour les plus geeks, des chercheurs de l’Inria ont annoncé l’an dernier avoir mis au point une application pour Android, SoundCity, qui mesure le bruit ambiant et permet d’établir des cartes sonores partagées de l’environnement. Un sonomètre à portée de main, pour que l’audition devienne un sujet sur les réseaux sociaux !

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