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Les bienfaits de la luminothérapie et ses limites

Les effets bénéfiques de la lumière sur la santé sont de mieux en mieux connus. Dépression saisonnière, troubles du sommeil, jet lag, peuvent être améliorés par des séances de luminothérapie. La recherche est très active dans ce domaine, et a récemment révélé le rôle de la lumière sur des maladies neurodégénératives comme Alzheimer ou Parkinson. Le Professeur Patrice Bourgin, neurologue et responsable du laboratoire du sommeil au CHU de Strasbourg, a accepté de nous répondre pour faire le point.

Rayons de soleil

© srdjan111

Qu’on l’appelle Rê ou Hélios, le dieu du soleil a toujours été vénéré. Parce qu’il apporte le jour et donne vie à toute chose, mais aussi parce que ses rayons sont bénéfiques pour la santé. L’héliothérapie, (thérapie par le soleil) est aussi ancienne que la médecine. Au début du XXème siècle, le prix Nobel de médecine récompense un chercheur danois qui a observé une corrélation entre l’exposition à la lumière et la résistance aux infections. Signe que cette dernière stimule le système immunitaire.

Ce n’est que récemment que l’impact de la lumière sur l’organisme a été étudié scientifiquement, en particulier par le Docteur Norman Rosenthal, psychiatre américain d’origine sud-africaine. Dans les années 1980, il s’intéresse à la dépression saisonnière (TAS, trouble affectif saisonnier), un syndrome qui touche les patients entre le mois d’octobre et le début du printemps dans l’hémisphère nord. Le TAS s’accompagne de nombreux symptômes : appétence pour le sucré, prise de poids, irritabilité, besoin accru de sommeil, baisse de la vigilance et de la concentration, fatigue, manque d’énergie, déprime, anxiété, effondrement de la libido, renfermement sur soi… Il touche, selon les régions du monde, de 2 à 12 % de la population (12 % en Finlande, 10 % en Alaska, 4 % en France) avec un gradient Nord/Sud très marqué. Le TAS guérit spontanément dès que les jours rallongent et que la luminosité augmente.

Guérir sans médicaments

Les mécanismes précis du TAS ne sont pas totalement élucidés, mais on sait que le manque de lumière affecte la production de sérotonine et celle de mélatonine (hormone régulant le rythme veille/sommeil). De nombreux travaux ont montré que des séances de luminothérapie (exposition quotidienne à une lumière de 5 000 à 10 000 lux) soulagent efficacement le TAS : 75 % des personnes ressentent une amélioration et les résultats sont rapides (en quelques jours). Si bien que la luminothérapie est le traitement de référence pour le TAS depuis une dizaine d’années.

Des études récentes suggèrent que pour les dépressions classiques, la luminothérapie potentialise les effets des médicaments antidépresseurs, avec une efficacité accrue de 30 %. L’association de séances de luminothérapie à un traitement médicamenteux permet de réduire les doses, et ce faisant les effets secondaires.

… et sans risque !

Femme faisant une séance de luminothérapie

© Rocky89

La luminothérapie est également bénéfique pour recaler les horloges biologiques. Elle a donc de nombreuses utilisations, aussi bien pour les patients qui souffrent de retard de phase (difficulté d’endormissement), que ceux qui, en avance de phase, s’endorment trop tôt le soir. Elle est également intéressante pour les adolescents qui, à force de se coucher tard, finissent par perturber totalement leurs rythmes biologiques. Elle est enfin utilisée pour minorer les effets du jet lag (décalage horaire consécutif aux voyages intercontinentaux) ou du travail posté (organisation du travail en rotation, pour assurer une occupation permanente d’un poste, souvent de jour comme de nuit).

De nouvelles recherches sur la lumière

Longtemps, les recherches sur la lumière se sont focalisées sur les cellules visuelles de la rétine, les cônes et les bâtonnets. On pensait que les effets bénéfiques de la lumière étaient seulement dus à la resynchronisation des horloges biologiques (rythme circadien) par ces photorécepteurs visuels. Au CIRCSom de Strasbourg (Centre International de Recherche en Chrono-Somnologie), le Professeur Bourgin et ses équipes ont montré le rôle essentiel joué par d’autres cellules de l’œil, les cellules ganglionnaires à mélanopsine. L’essentiel de l’impact de la lumière passe par ces cellules, soit par leur stimulation directe, soit par interaction avec les cônes et les bâtonnets. « Les informations non visuelles issues des cônes et des bâtonnets transitent par ces cellules à mélanopsine avant d’attendre le cerveau » explique le Professeur Bourgin.

Les recherches montrent également que la mélanopsine agirait par d’autres mécanismes, non circadiens, sur de très nombreuses structures cérébrales impliquées notamment dans la vigilance, la performance, l’humeur… « Nous sommes en train de montrer que ces mécanismes négligés sont en réalité très importants. » Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives tant pour comprendre l’impact de la lumière sur le fonctionnement du cerveau, que pour envisager de nouvelles approches thérapeutiques. Il semble ainsi que la lumière améliorerait les patients Alzheimer sur le plan cognitif : « L’impact est faible mais il est comparable à celui des médicaments utilisés actuellement. » explique le spécialiste. Sans les effets secondaires. Les études sont encore plus préliminaires sur le Parkinson, mais on observe des effets sur les symptômes moteurs de la maladie. Autres pistes : les troubles bipolaires, le syndrome prémenstruel, les dépressions de la grossesse et du post-partum.

La longueur d’onde (couleur de la lumière) pourrait également jouer un rôle. Quelques équipes (Université d’Oxford, CIRCSom de Strasbourg…) explorent actuellement cette voie. Ainsi l’effet du bleu, du vert ou du rouge ne seraient pas les mêmes sur la santé. Pour l’heure, on a pu montrer que la lumière blanche enrichie en bleu a un effet éveillant et stimulant plus marqué.

Une certitude cependant, qu’elle soit blanche ou enrichie en couleur, la lumière est insuffisamment utilisée comme traitement alors que l’on dispose de plus en plus de preuves pour la considérer comme un médicament à part entière.

Attention aux excès et contre-indications

Pharmakon… Le mot signifie à la fois poison et médicament en grec. C’est vrai pour les médicaments chimiques mais aussi pour la lumière. Si elle peut guérir ou améliorer fortement certains troubles, elle peut aussi en aggraver d’autres. C’est notamment le cas pour de nombreux adolescents, qui se sur-stimulent sur leurs écrans jusqu’à une heure tardive et altèrent leurs rythmes biologiques.

De même, la luminothérapie ne s’improvise pas. Son efficacité dépend de l’intensité de la lumière, de la durée d’exposition, du type d’éclairage (immédiat ou progressif) et surtout du moment de la journée. Si le moment n’est pas adéquat, les résultats peuvent être décevants ou même inverses de ceux escomptés.

Aussi, il est important d’avoir l’aval d’un ophtalmologue avant de commencer une luminothérapie. Il vérifiera qu’il n’existe pas de contre-indications, comme une pathologie de la rétine.

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