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La perception des couleurs, comment ça fonctionne ?

Beau ciel bleu, rougeoiement des feuilles d’automne et peintures de Van Gogh… Notre monde est un monde de couleurs. En tous les cas, c’est ainsi que nous le percevons. La couleur est une reconstruction du cerveau à partir d’un message lumineux transformé en message électrique au niveau de la rétine. L’Observatoire de la santé visuelle et auditive met ce mois-ci la lumière sur les couleurs.

Un œil avec spectre de couleurs

©Delpixart

La couleur, une construction du cerveau

Quand la lumière pénètre dans l’œil, elle traverse successivement la cornée, l’humeur aqueuse, le cristallin, le corps vitré et finit par atteindre une mosaïque de photorécepteurs, située au fond de l’œil, au niveau de la rétine. Les photorécepteurs sont des cellules sensorielles spécialisées dans la perception de la lumière. À côté des bâtonnets, indispensables pour la vision nocturne, chaque œil compte six millions de cônes. Ces cônes représentent le premier maillon dans la vision des couleurs grâce à leur pigment, sensible à la lumière visible.

« Il existe trois types de cônes. Chaque type de cônes a une sensibilité maximale pour une longueur d’onde donnée » explique le Docteur Jean Leid, ophtalmologiste et spécialiste de la vision des couleurs. Ainsi, on trouve des cônes qui captent les ondes de longueur courte, avec un pic dans ce que le cerveau verra comme du bleu, d’autres les ondes moyennes (le vert) et les troisièmes, les ondes longues (le rouge). Ces sensibilités différentes sont dues à la séquence d’acides aminés de la protéine sensible à la couleur, l’opsine, qui se trouve dans les photorécepteurs. Selon la séquence d’acides aminés, la courbe d’absorption de la lumière se décale dans le spectre visible.

Les photorécepteurs transforment le signal lumineux en un signal électrique qui rejoint, via des cellules nerveuses, le nerf optique qui chemine jusqu’au cerveau. Là, dans l’aire visuelle, le message est décodé selon trois modalités : la teinte, la clarté, la saturation. En plus de la teinte générale, tout se passe comme si le cerveau répondait aux questions suivantes : est-ce plus ou moins clair ? Quelle est la part de saturation ? Autrement dit, s’agit-il d’une couleur pastel ou vive ? La couleur est donc construite par le cerveau.

Au total, un être humain est capable de percevoir 1 000 000 de teintes. La perception des couleurs évolue avec l’âge. Chez le bébé, la perception des couleurs de base, vert et rouge, commence à l’âge de trois mois. À cinq mois, elle est équivalente à celle des adultes, précédant de loin l’acuité visuelle qui atteint les 10/10 à environ cinq ans. Chez les adultes, le vieillissement du cristallin entraîne une perception des couleurs différente.

Ces pathologies qui modifient la perception des couleurs

Test d'Ishihara pour dépister le daltonisme

©mfto

Si la perception des couleurs varie en fonction des individus et au cours de la vie, certaines personnes présentent des déficiences héréditaires dans la vision des couleurs, qu’on appelle les dyschromatopsies. La plus répandue, le daltonisme, concerne particulièrement le rouge. « 8 % des hommes européens sont daltoniens. Il est impensable de considérer cela comme un handicap. Il faut y voir une originalité », considère le Dr. Jean Leid, qui rappelle que seule la thérapie génique pourrait y remédier. Aujourd’hui, les pistes de thérapie génique n’en sont qu’à leurs balbutiements. Il faudra encore attendre longtemps avant qu’un tel traitement soit développé pour les dyschromatopsies.

Quid des verres colorés ? Peu enthousiaste, le spécialiste commente : « l’utilisation de tels verres dégrade les autres couleurs, c’est dommage et ce n’est pas le but recherché ». Il plaide plutôt pour un dépistage précoce grâce à différents tests réalisés soit, par la médecine scolaire soit, chez l’ophtalmologiste, à l’aide des planches colorées d’Ishihara afin que l’enfant porteur de cette déficience apprenne à vivre avec. Selon le degré de la maladie, certaines professions où les couleurs ont une place importante, comme les métiers des transports (pilote d’avion, conducteur de train, etc.), sont inenvisageables. Un dépistage précoce permet d’éviter les déceptions bien avant toute orientation professionnelle.

Moins connues du grand public, des déficiences dans la perception des couleurs, plus ou moins discrètes, peuvent être une complication d’une autre maladie comme la sclérose en plaques (névrite optique) ou le diabète (rétinopathie diabétique). Ces pathologies peuvent entraîner divers troubles de la vision, parmi lesquels une difficulté à percevoir certaines couleurs ou encore une diminution de la perception des contrastes. Souvent, ces symptômes apparaissent précocement dans le développement de la maladie. Leur apparition doit donc amener à consulter son ophtalmologiste dès que possible. Contrairement aux dyschromatopsies d’origine génétique, ces troubles « acquis » sont réversibles et seront traités en même temps que la maladie qui les a causés.

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