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Le développement des structures et fonctions visuelles autour de la naissance

La vision est le sens le plus développé chez l’être humain et nous permet de recueillir 80 % des perceptions de notre environnement. C’est aussi le sens le plus immature à la naissance, bien que les nouveau-nés soient loin d’être aveugles comme on l’a longtemps pensé. La plupart des capacités visuelles se développent pendant la première année de vie, sous l’effet de maturations anatomiques mais aussi de la stimulation visuelle apportée à l’enfant.

Nouveau-né, allongé sur un lit, qui ouvre légèrement ses yeux

© SanyaM

Jusqu’à récemment, les nouveau-nés étaient considérés comme aveugles. Les enfants étaient sous-stimulés, les adultes se préoccupaient peu d’entrer en contact avec eux. Aujourd’hui, les connaissances scientifiques ont évolué. On sait que le nouveau-né n’a pas une bonne vision en effet mais qu’elle est parfaitement adaptée à ce qu’il est capable de faire. Il peut ainsi interagir avec son environnement. Tout le rôle de celui-ci, y compris de ses parents, sera donc d’exercer ses fonctions visuelles. « On apprend véritablement à voir, comme on apprend à parler ou à marcher », écrit le Docteur Sylvie Chokron, neuropsychologue et directrice de recherche à la Fondation Rothschild, dans son ouvrage « Comment voient les bébés ? »

La perception visuelle est possible grâce à un système complexe qui s’étend de la cornée, la partie antérieure transparente du globe oculaire, jusqu’au cerveau. Il comprend donc les yeux, mais aussi les voies visuelles constituées des nerfs optiques entre l’œil et le cortex visuel primaire dans le cerveau, et enfin les aires corticales cérébrales impliquées dans la vision. Ce système visuel se développe de la conception jusqu’à l’âge de 6 ans environ, du point de vue anatomique et fonctionnel.

Un développement anatomique très précoce mais incomplet in utero

L’œil se développe très précocement in utero, dès le 22ème jour du développement embryonnaire. À la fin de la 5ème semaine de grossesse, le globe oculaire primitif est entouré d’un tissu lâche, qui donnera naissance à la cornée. Vers la 7ème semaine de grossesse, s’individualisent la rétine, l’iris avec la pupille et le cristallin. Le nerf optique se forme en grande partie également au cours des deux premiers mois de développement, avec des étapes de maturation jusqu’aux 6ème et 7ème mois. La construction du cerveau démarre elle dès la 5ème semaine de grossesse, avec une ébauche rudimentaire du système nerveux et la mise en place des différentes régions corticales dont le lobe occipital qui sera le siège du traitement de l’information visuelle.

Embryon

© ninjaMonkeyStudio

« Contrairement à ce qu’on pouvait supposer par le passé, le système visuel fonctionne déjà chez le fœtus et l’on peut ainsi enregistrer une alternance de fixations visuelles et de mouvements oculaires in utero alors qu’il vit dans un environnement obscur », précise Sylvie Chokron, pour qui les yeux des fœtus fonctionnent peut-être à vide mais s’entraînent pour percevoir le monde extérieur à la naissance. « Il n’y a aucune donnée scientifique attestée pour comprendre ce que voient les fœtus. En tout cas ce qui est sûr, c’est qu’ils réagissent à la lumière à travers la peau de leur mère, surtout à partir du 7ème mois de grossesse », complète le Docteur Morgane Straub, responsable de la consultation « Bébé Vision » du centre hospitalier Lyon-Sud. Une autre certitude : bien que très précoce, le développement des structures visuelles est loin d’être achevé à la naissance.

Des progrès fulgurants la première année

La taille de l’œil n’est pas définitive à la naissance, cet organe va grandir jusqu’à l’adolescence mais surtout au cours de la 1ère année. Les cônes et bâtonnets qui sont présents sur la rétine vont aussi se modifier en nombre, taille et forme, principalement pendant les 2 premiers mois, même si la maturité complète n’est atteinte que vers 4 ans pour les cônes et 15 mois pour les bâtonnets. Les voies visuelles sont en grande partie en place vers 5-7 mois tandis que les aires corticales subissent une grosse augmentation de volume jusqu’à 11 ou 12 ans.

D’un point de vue fonctionnel, les progrès sont impressionnants en quelques mois. L’acuité visuelle passe de 1/20èmes chez le nouveau-né à 4/10èmes à un an pour rejoindre celle de l’adulte vers 4 ans. L’extension du champ visuel du nourrisson se termine à la fin de la première année. Le nouveau-né est déjà capable de suivre un objet en mouvement mais vers 4 mois apparaît une poursuite lisse et fluide, sans mouvement de la tête. Les nourrissons sont surtout sensibles aux objets très contrastés mais ne voient pas pour autant qu’en noir et blanc. Ils sont capables de différencier les plages chromatiques des plages achromatiques dès la naissance mais ne distinguent pas les couleurs entre elles. « Dès 2 mois, ils possèdent les mêmes capacités qu’un adulte à voir les couleurs », précise le Dr Chokron.

Voir pour apprendre et apprendre à voir

Nouveau-né dans les bras de son père qui ouvre légèrement les yeux

© fizkes

Le bébé est capable de transfert intermodal, ce qui signifie qu’il établit un lien entre ce qu’il touche et ce qu’il voit. Une conséquence à long terme est que la vision joue un rôle dans la mise en place des autres perceptions, de la motricité et de la posture. Voir permet de débuter des apprentissages qui sont conditionnés par la qualité de la perception visuelle. Mais à l’inverse, nous ne voyons que ce que nous avons été habitués à voir. « La maturation du système visuel, et en particulier des voies visuelles et des centres cérébraux de la vision, dépend largement de l’expérience visuelle », selon Sylvie Chokron.

Il existe des périodes dites « sensibles » ou « critiques » qui correspondent à l’intervalle temporel de développement du système visuel. Chez l’homme, elles pourraient débuter entre 4 et 6 mois, avec un maximum vers 18 mois, pour s’achever vers 6 ans. Des stimulations qui n’auraient pas été offertes à l’enfant pendant cette fenêtre auraient du mal à être traitées par la suite. La preuve en est faite par la difficulté d’apprendre à voir des adultes aveugles de naissance et qui recouvrent tardivement la vue.

D’où la nécessité d’une richesse de l’environnement du bébé mais aussi du dépistage précoce des troubles potentiels de la vue. « C’est tout l’enjeu des suivis par les pédiatres, avec un examen complet de la vue à 9 mois mais aussi des consultations spécialisées comme Bébé Vision. Celles-ci se pratiquent entre 9 et 14 mois et permettent de détecter les troubles importants pour une rééducation très précoce », explique le Dr Straub. « Les parents doivent consulter un médecin si les yeux de leur enfant tremblent, louchent après 3 mois ou présentent une pupille blanche ».

Retrouvez ici l’article du Professeur Dominique Brémond-Gignac de la 1ère étude de l’Observatoire du Groupe Optic 2ooo sur le développement visuel de l’enfant et de l’adolescent.

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