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Les dernières avancées de la recherche sur le syndrome de Usher

Maladie héréditaire rare qui affecte à la fois l’audition et la vision, le syndrome de Usher concerne une personne sur 30 000 en France. Les récents progrès de la recherche sur une thérapie génique sont un nouvel espoir pour les malades, pour lesquels il n’existe aucun traitement aujourd’hui.

©Institut Pasteur

Le syndrome de Usher associe une surdité à une perte progressive de la vision allant jusqu’à la cécité. C’est la première cause de cécisurdité en France. La surdité a pour cause une atteinte de l’organe sensoriel de l’audition, la cochlée, dont les cellules ciliées ne sont pas capables de transformer les sons en influx nerveux normalement transmis au cerveau. Quant aux troubles de la vue, ils sont causés par une dégénérescence des photorécepteurs de la rétine, entraînant une rétinite pigmentaire. Des troubles de l’équilibre s’ajoutent souvent à ce tableau clinique.

Une atteinte monogénique bien identifiée

S’il n’existe actuellement pas de traitement permettant de guérir les malades du syndrome de Usher, la recherche est très active. L’une des stratégies thérapeutiques, la thérapie génique, commence à apporter des résultats sans précédents sur les modèles animaux. Les spécialistes s’autorisent à penser que d’ici quelques années, il sera possible de traiter les patients en remplaçant le gène défaillant par sa copie saine.

« Beaucoup de formes de surdités héréditaires sont des atteintes monogéniques, c’est-à-dire dues à un seul gène défectueux. Le plus simple est de remplacer ce gène ou de le corriger. C’est une option particulièrement pertinente quand ce gène code, comme c’est souvent le cas, pour une protéine de structure qu’aucun médicament ne saurait remplacer efficacement », explique Christine Petit, Professeur au Collège de France et à l’Institut Pasteur, pionnière dans la génétique des surdités. La thérapie génique est en effet la stratégie thérapeutique la plus prometteuse, d’autant que le gène impliqué dans le syndrome est aujourd’hui identifié pour 93 % des patients.

Des premiers résultats enthousiasmants

En février 2017, des chercheurs américains avaient utilisé la thérapie génique pour faire entendre un faible murmure à des souris nées sourdes. Considéré comme la première étape vers un traitement de la surdité du syndrome de Usher, ce succès avait été publié dans Nature Biotechnology [1].
Dans l’édition du mois de septembre 2017 des Proceedings of the National Academy of Sciences, les résultats d’une équipe française sur une des formes les plus sévères du syndrome de Usher ont renforcé les espoirs [2]. « Nous avons eu un taux de réussite de 95 %. Cette étude est un catalyseur pour faire avancer les recherches, ce qui était inespéré il y a encore six ans », s’enthousiasme le Docteur Saaid Safieddine, directeur de recherche CNRS à l’Institut Pasteur. Avec ses collègues, il a réalisé une injection du gène USH1G dans l’oreille interne de souriceaux sourds profonds atteints du syndrome de Usher de type 1G. La protéine d’échafaudage a bien été produite et s’est bien localisée dans les cellules ciliées. Mieux, cette injection unique a été suffisante pour restaurer le caractère fonctionnel, autrement dit, pour améliorer à la fois l’audition et l’équilibre.

©Institut Pasteur

« La vraie bonne nouvelle, c’est qu’il semble que même si l’oreille arrive à maturité avec ce défaut, il est tout de même possible de le corriger », explique le Dr. Safieddine. « Nous essayons maintenant de savoir s’il y a une fenêtre-temps au-delà de laquelle la thérapie génique ne permet plus une restauration auditive optimale. Les résultats préliminaires montrent que quand on tarde à faire l’injection après la naissance du souriceau, il y a un déclin de l’effet thérapeutique », poursuit le chercheur. Avant d’envisager les essais sur l’homme, il reste à trouver le moment optimal pour l’injection, montrer l’absence d’effet indésirable de la microchirurgie et de l’enveloppe virale du gène, et démontrer l’efficacité du traitement. Les premiers essais cliniques pourraient voir le jour dans cinq ans.

Une approche pluridisciplinaire

« Le syndrome de Usher touche différents domaines de la médecine. Il faut sortir du cloisonnement classique ophtalmo/ORL. Différents projets impliquent des médecins, des chercheurs en neurosciences, en génétique, en biologie et en sciences humaines mais aussi des investisseurs » explique le Professeur José-Alain Sahel, directeur de l’Institut de la Vision à l’origine du vaste programme de recherche LIGHT4DEAF sur le syndrome de Usher. Outre la thérapie génique, différentes pistes thérapeutiques émergentes y sont explorées comme la thérapie cellulaire avec des cellules souches, les prothèses électroniques, la rétine artificielle et les médicaments neuroprotecteurs.

Aujourd’hui, quand le diagnostic de syndrome de Usher est posé, l’enfant est accompagné le plus rapidement possible. Des séances d’orthophonie, de psychothérapie ou encore d’orthoptie font partie du quotidien de ces enfants. Il s’agit d’apprendre à vivre et à grandir avec un handicap pour lequel la médecine n’a pas encore de traitement curatif.

Pour en savoir plus : usherinfo.fr

 

[1] Lukas D. Landegger et al., A synthetic AAV vector enables safe and efficient gene transfer to the mammalian inner ear, Nature Biotechnology, février 2017.
Retrouvez ici notre article de mars 2017 consacré à cette étude : Syndrome d’Usher : la thérapie génique restaurera-t-elle l’audition ?
[2] Alice E. et al., Local gene therapy durably restores vestibular function in a mouse model of Usher syndrome type 1G, PNAS, septembre 2017.

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