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Les surdités professionnelles

Chaque année en France, 2 500 personnes déclarent une surdité professionnelle. Si le bruit en est la cause principale, l’usage de produits ototoxiques (nocifs pour l’oreille) peut également altérer l’audition et aggraver les effets du bruit. Les employeurs sont légalement tenus de protéger leurs salariés contre ces risques.

©Vasily Pindyurin

Quatre-vingt-cinq millions d’euros. C’est, selon une étude récente menée par l’ADEME (l’Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie), le coût social annuel des surdités professionnelles[1]. Cette affection a longtemps été la maladie professionnelle la plus fréquente, avant que les troubles musculosquelettiques (TMS) et les maladies liées à l’amiante ne passent en tête. Parmi les 2 500 personnes qui déclarent une surdité professionnelle chaque année en France, environ 700 sont reconnues. Dans une grande majorité des cas, les traumatismes sonores et le travail au sein d’un environnement bruyant sont à l’origine de ces surdités. C’est notamment dans les secteurs des industries mécaniques, des travaux publics, de la métallurgie et de la construction que les risques sont les plus élevés.

À l’occasion de la quatrième « Semaine nationale de santé auditive au travail », organisée en octobre 2019 à l’initiative de l’association JNA (Journée Nationale de l’Audition), un sondage a révélé que 59 % des salariés étaient gênés par le bruit au travail, soit 7 points de plus qu’en 2017. De façon générale, on estime que plus de 3 millions de travailleurs en France sont soumis, sur leur lieu de travail, à une exposition durable à des bruits supérieurs à 85 dB[2], seuil à partir duquel le bruit devient dangereux pour la santé auditive.

Une altération irrémédiable des cellules ciliées

Le bruit des machines telles que les marteaux-piqueurs, les tronçonneuses, les presses rotatives, les métiers à tisser, les scies circulaires ou encore les forges, excède bien souvent le seuil de fatigue auditive (75 dB) voire celui de dangerosité pour l’oreille (85 dB). Par exemple, un marteau-piqueur émet un bruit de l’ordre de 110 voire 120 dB. Cette nuisance sonore peut entraîner une altération des cellules ciliées de l’oreille interne, et donc une diminution de l’acuité auditive.

Ces cellules de la cochlée captent l’information sonore, la transforment en énergie électrique et la transmettent au cerveau. Elles jouent donc un rôle essentiel dans les mécanismes auditifs. De plus, leur perte est irrémédiable : une fois qu’elles sont détruites, la perception des fréquences auxquelles elles sont associées est définitivement altérée.

Autre facteur de risque, les substances ototoxiques comme les solvants (toluène, styrène, xylène, éthylbenzène…), les gaz « asphyxiants » (monoxyde de carbone, cyanure d’hydrogène…), les métaux lourds (plomb, mercure…) ou encore certains pesticides. Ces produits sont des poisons pour les cellules ciliées de l’oreille interne, rendues plus fragiles et vulnérables face au bruit.

Des surdités bien spécifiques

Les surdités professionnelles présentent des caractéristiques communes avec la presbyacousie, la perte d’audition liée à l’âge. Ces altérations auditives sont toutes deux irréversibles et concernent des surdités de perception relatives à la cochlée, au niveau de l’oreille interne. Elles sont, la plupart du temps, bilatérales et touchent généralement les fréquences aigues en premier, pour atteindre progressivement les fréquences dites « conversationnelles ». Lorsque ces fréquences sont touchées, la compréhension de la parole humaine devient alors difficile et nécessite une aide auditive adaptée.

Toutefois, certains signes diffèrent entre ces deux pathologies. Contrairement à la presbyacousie, les surdités professionnelles sont des surdités traumatiques et sont très souvent accompagnées d’autres symptômes gênants tels que les acouphènes – des bruits parasites perçus uniquement par le patient – ou encore l’hyperacousie – une hypersensibilité à certains sons. Plus problématique encore, la zone de confort auditif qui détermine l’intervalle entre un son simplement perceptible et un son douloureux est souvent très restreint dans les surdités professionnelles, ce qui rend le réglage des prothèses auditives particulièrement délicat. Si certaines fréquences ne sont pas suffisamment augmentées, la correction sera inopérante tandis que si elles le sont trop, le son deviendra intolérable.

La nature traumatique de la perte auditive se manifeste également par une diminution très prononcée de certaines fréquences. La correction auditive peut alors entrainer des distorsions sonores et donc un son de qualité médiocre. Enfin, l’impact psychologique de ces surdités acquises ne doit pas non plus être négligé, surtout lorsqu’elles touchent des salariés jeunes.

Identifier et mesurer les sources de bruit au travail

La règlementation, qui repose notamment sur les articles R4431-1 à R4437-4 du Code du Travail et sur le décret 2006-892 du 19 juillet 2006, impose des valeurs limites extrêmement précises à respecter, d’une part pour l’exposition moyenne sur 8 heures étalonnée en dB(A) et pour les bruits impulsionnels ou « exposition en niveau de crête » mesurés en dB(C) : « Il y a deux valeurs limites à ne jamais dépasser : 87 dB(A) et 140 dB(C) », explique Nicolas Trompette, expert au laboratoire acoustique et travail à l’INRS. « Ces valeurs s’entendent en tenant compte de l’atténuation apportée par une éventuelle protection auditive. »

En dessous de ces valeurs limites, d’autres seuils contraignent l’employeur à agir. À partir de 80 dB(A) et de 135 dB(C), l’entreprise doit mettre en place des actions pour protéger l’audition de ses salariés et prévenir les risques de perte auditive. Par exemple, laisser à disposition des protections auditives, informer ses salariés, ou encore proposer des dépistages. Quand les seuils de 85 dB(A) et de 137 dB(C) sont dépassés, l’employeur est tenu de vérifier que les protections sont réellement utilisées, instaurer un suivi médical adapté et signaler de façon claire les zones bruyantes. Le tableau ci-contre résume les obligations de l’employeur.

(Pour en savoir plus sur la différence entre dB, dB(A) et dB(C), voir l’encadré en fin d’article).

INRS, Bruit au Travail – Les obligations de l’employeur (mai 2019)

L’évaluation des risques liés au bruit est obligatoire pour tous les employeurs. Si nécessaire, la mesure du niveau de bruit sur le lieu de travail doit également être réalisée, pour identifier un environnement sonore potentiellement toxique. L’intensité des bruits émis lors de certaines séquences de travail particulièrement intenses est mesuré notamment à l’aide d’un sonomètre. L’exposimètre, quant à lui, est porté par un salarié pendant sa journée de travail et vise à connaître la valeur moyenne des sollicitations sonores sur une longue durée.

Toutefois, la toxicité du bruit est très variable selon les personnes, leur âge, leurs antécédents personnels mais également selon les traitements médicamenteux qu’elles consomment. Certains antibiotiques, diurétiques ou anticancéreux ainsi que l’acide acétylsalicylique, présent dans l’aspirine, potentialisent les effets nocifs du bruit sur l’oreille.

Pour avoir une vision plus précise du risque réel encouru par un salarié, l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles) a mis au point un outil, l’Echoscan. Cet outil permet de mesurer le seuil de déclenchement des réflexes de protection de l’oreille en début mais également en fin de journée. La différence entre ces deux mesures permet notamment d’établir le niveau de fatigue de l’oreille. Lorsque cette fatigue est excessive, elle témoigne d’un risque de perte auditive. Il faut agir pour préserver l’audition du salarié dès le stade de la fatigue auditive, sans attendre qu’une perte d’audition ne se manifeste.

Limiter l’impact du bruit sur les travailleurs

©AUDIO 2000

Les employeurs sont légalement tenus de protéger leurs salariés contre les risques liés au bruit. Cela passe notamment par l’insonorisation des locaux, l’entretien des machines ou encore leur encoffrement lorsque cela est possible. L’automatisation de certaines tâches permet également d’éloigner le travailleur de la source du bruit. Des réflexions organisationnelles sont souvent nécessaires pour limiter les pollutions sonores. Ainsi la co-activité, qui consiste à avoir sur un même chantier plusieurs corps de métiers travaillant simultanément, doit notamment être pensée de manière à éviter que des activités particulièrement bruyantes ne soient réalisées en même temps que d’autres travaux. Lorsque tous les moyens pour réduire le bruit à la source ont été envisagés, il arrive cependant que l’intensité sonore à laquelle sont exposés les salariés demeure trop élevée. Le port d’équipements de protection individuelle (EPI) est alors requis. Il peut s’agir de bouchons d’oreille, de casques passifs (qui réduisent le bruit), de casques actifs (qui produisent des bruits en opposition de phase destinés à annuler le bruit ambiant) ou encore de protections auditives dotées d’électroniques restituant certains sons environnants (qui permettent notamment de communiquer).

Les politiques de prévention de ces dernières années ont porté leurs fruits. En effet, les ateliers sont aujourd’hui mieux insonorisés, les outillages relativement moins bruyants et surtout le port des EPI qui restait encore très lacunaire il y a encore 20 ou 30 ans s’est largement développé.

Pour sensibiliser les salariés aux risques liés au bruit, les audioprothésistes du réseau AUDIO 2000 proposent des interventions dans les entreprises, adaptées aux situations spécifiques de chaque activité. Pour en savoir plus : http://www.observatoire-groupeoptic2000.fr/actions-sante-groupe-optic2000/initiatives-sante-groupe-optic-2000/audio-2000-et-la-prevention-sante-auditive-en-entreprise/

dB, dB(A), bB(C), quelle différence ?
La nocivité du bruit ne dépend pas seulement de l’énergie véhiculée (dB) mais également de sa fréquence, qui peut être grave ou aigue. Dans les niveaux sonores de la vie courante, l’oreille est plus sensible aux fréquences intermédiaires. À l’inverse, dans les niveaux sonores élevés, ce sont les sons graves qui sont les plus toxiques. On appelle dB(A) ou dB(C) des pondérations du décibel qui tiennent compte de ces paramètres. La pondération dB(A) correspond à la sensibilité de l’oreille aux bruits environnementaux et la dB(C) à celle des « niveaux de crête ».
Pour rappel, le décibel suit une échelle logarithmique. Chaque fois qu’un son augmente de 3 dB, sa puissance est multipliée par deux. Un son de 86 dB est donc 4 fois plus fort qu’un son de 80 dB.

 

[1] https://www.ouiemagazine.net/2016/06/15/cout-social-bruit-france-estime-a-57-milliards-deuros-an/
[2] https://www.preventionbtp.fr/Actualites/Toutes-les-actualites/Sante/Bruit-au-travail-71-des-personnels-des-chantiers-sont-troubles

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