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L’œil et l’oreille du sportif : des alliés précieux et fragiles, comment les préserver ?

Stratégiques dans la plupart des pratiques sportives, l’œil et l’oreille sont parfois soumis à des risques spécifiques. Un certain nombre de sports comme la plongée, les arts martiaux, les sports aériens, les sports de balle… requièrent des  bilans audio et ophtalmologique, assortis de recommandations, voire d’outils de prévention.

26 millions de Français s’adonnent à un sport. Parmi eux, 12 millions sont licenciés d’une fédération.

La vue : levier de performance et objet d’attention des Fédérations sportives

Un tiers des fédérations sportives impose un examen ophtalmologique. Les arts martiaux, les sports de combat (boxe anglaise, …), de précision (tir au pistolet, golf..), de vitesse (ski, auto-moto…), les sports mécaniques, aériens, ou encore la plongée font partie de ces disciplines concernées. La sécurité est en jeu, avec des paramètres spécifiques : chaque fédération sportive définit le contenu de l’examen ophtalmologique dans un règlement médical.

Ainsi, pour les sports aériens, « on prend en compte toutes les caractéristiques de la vision, la perception du relief est primordiale, le champ visuel, l’acuité, la vision des contrastes, la résistance à l’éblouissement mais aussi la perception des couleurs car cela peut poser un vrai problème de sécurité si on ne voit pas correctement les couleurs » stipule le Pr Françoise Froussart-Maille, chef de service d’ophtalmologie à l’hôpital militaire Percy (CPEMPN, centre d’expertise médicale du personnel navigant).

Pour certains sports, le bilan visuel complet est exigé uniquement lors de l’obtention de la première licence. D’autres nécessitent un examen annuel ou à chaque renouvellement de licence.

Troubles visuels, antécédents chirurgicaux : des précautions à prendre

« Un œil myope ou un œil opéré sont plus vulnérables aux traumatismes » précise le Pr Froussart.

Plongeur sous l'eau

© mihtiander

L’œil myope est plus particulièrement sujet au risque de décollement de rétine. « Pour des sports de combat, une myopie très élevée peut être une contre-indication. Un examen scrupuleux de l’œil, de sa réfraction (amétropie), associé à un examen de la périphérie de la rétine est donc nécessaire pour ces sports de contact. Ceci se vérifie aussi pour la pratique de la plongée ».

Beaucoup de sportifs myopes, astigmates ou hypermétropes optent pour la chirurgie réfractive, qui leur permet de recouvrer une acuité visuelle optimale. « Certaines techniques opératoires exposent l’œil opéré plus que d’autres » prévient la spécialiste. « Dans la technique du Lasik, un capot est réalisé au niveau de la face antérieure de la cornée. En cas de coup malencontreusement porté au niveau de l’œil, ce capot peut se resoulever partiellement même à long terme. » Cela veut-il dire qu’il ne faut pas opérer ? Si, mais en choisissant la technique, par exemple la Photokeratectomie Réfractive ou le Relex Smile. « Si vous êtes un petit myope de -3 dioptries, avec une rétine parfaite, qui pratiquez depuis des années la boxe anglaise et qui souhaitez être opéré, il est impératif de choisir une technique adaptée sous peine de perdre votre licence » avertit le Pr Froussart.

Quelle que soit la technique choisie, la chirurgie réfractive peut entraîner une plus grande sensibilité à l’éblouissement. Pendant les premières semaines ou les premiers mois qui suivent l’intervention une activité sportive peut être déconseillée, voire interdite.

L’acuité visuelle ne fait pas tout, à chaque discipline ses paramètres

Chaque examen ophtalmologique doit répondre aux besoins du sportif. Les tireurs de vitesse ont besoin d’une acuité visuelle excellente puisqu’ils ont une cible fixe. Nul besoin en revanche de s’occuper de leur champ visuel. Ce n’est pas la même chose pour les escrimeurs qui doivent notamment développer leur rapidité de mise au point, ou encore chez les tireurs pour lesquels la question de l’œil dominant est primordiale.

« La perception visuelle, on a tôt fait de la réduire à l’acuité visuelle. Mais on ne teste, au travers de l’acuité visuelle (qui se définit comme la capacité à discriminer de détails fins), que les hautes fréquences spatiales. Or, pour se déplacer, appréhender son environnement spatial, les moyennes et basses fréquences spatiales sont également importantes » annonce le Pr. Froussart. « L’œil est un capteur de contrastes. L’évaluation de la sensibilité au contraste spatial, à différents niveaux de luminance permet d’appréhender de façon plus complète notre perception visuelle. Une personne dotée d’une acuité visuelle de 10/10 peut paradoxalement avoir une médiocre performance du fait d’une altération de sa sensibilité au contraste spatial dans les moyennes et basses fréquences. »

Pour une même discipline, les qualités visuelles requises varient aussi en fonction du moment. « On peut être très performant de jour et ne plus l’être en conditions mésopiques (ciel qui s’obscurcit, crépuscule) et plus encore en conditions scotopiques (nocturnes). Cela aussi s’appréhende au travers d’examens spécifiques » précise le Pr Froussart.

Certains athlètes myopes de très haut niveau préfèrent, par exemple, tirer sans porter de lunettes parce qu’ils ne veulent pas être dérangés par certaines informations préférant en privilégier d’autres. « Certains n’éprouvent pas la nécessité de voir très nettement la cible, se polarisant davantage sur les contrastes entre les couleurs » explique le Dr Georges Challe, ophtalmologue de l’INSEP. D’ailleurs, moyennant un règlement spécifique, même des sports de précision, comme le tir à l’arc, sont ouverts aux déficients visuels.

L’oreille : organe de l’audition et, surtout, de l’équilibre dans le sport

Les conditions d’acuité auditive pour pratiquer un sport sont beaucoup moins strictes que celles concernant la vision. Pourtant, une audition défaillante peut représenter un facteur de risque pour certains sports comme le cyclisme sur route ou le jogging. Cela représente aussi une difficulté dans tous les sports de localisation, comme les sports collectifs et les sports de contact. « Il faut pouvoir entendre l’appel de l’autre joueur ou de l’arbitre, sentir l’adversaire se rapprocher même quand il n’est pas dans notre champ de vision… » précise le Pr Philippe Clément, chef du service ORL à l’hôpital militaire Percy.

Mais l’oreille n’est pas seulement l’organe de l’audition, c’est aussi celui de l’équilibre. Or, beaucoup d’activités sportives sont contre-indiquées en cas de troubles de l’équilibre et de vertiges. Même si « tout dépend de l’âge (on compense mieux quand on est jeune) et tout dépend de la cause du vertige » explique le Pr Clément.

« Par exemple, quand a souffert de vertige positionnel paroxystique bénin (VPPB), vertiges dus à une stimulation des capteurs situés dans les canaux semi-circulaires de l’oreille par déplacement de petits cristaux, le risque de récidive existe. Tous les sports comme le judo ou l’aïkido (chutes), la gymnastique (acrobaties…), les activités physiques un peu violentes ou exigeant des changements de position rapides, sont à éviter car elles peuvent provoquer à nouveau un vertige… ». La Maladie de Menière, qui associe acouphènes, vertiges et surdité survenant par crises, peut aussi conduire à limiter les activités sportives de peur qu’une crise inopinée ne survienne.

Inversement, « les névrites vestibulaires peuvent être compensées » rassure le Pr Clément. Même si la personne a perdu l’usage de l’oreille interne d’un côté, au bout d’un certain temps et grâce à la compensation réalisée au niveau du cervelet, elle recouvre son équilibre. « Chaque cas est particulier en fonction de la cause, de l’évolution, des traitements et des possibilités de rééducation… ». Et bien sûr en fonction de l’activité sportive choisie. « Pour un pilote, il faut une intégrité totale de l’appareil vestibulaire. »

Les acouphènes sont rarement une contre-indication au sport s’ils sont bien supportés et n’entraînent pas de troubles du sommeil et de baisse de vigilance. « Beaucoup d’acouphéniques voient leurs acouphènes s’intensifier en cas de fatigue, de stress, d’effort sportif intense. Cependant, on leur conseille de faire du sport de loisir, à visée relaxatrice de manière à évacuer leur stress… »

Variations de pression : des risques accrus en plongée et sports aériens

Certains sports peuvent être à l’origine d’accidents qui peuvent compromettre la vision et l’audition.

« Il y a des accidents de plongée qui touchent l’œil… » rappelle le Pr Froussart Maille. Les barotraumatismes* et les accidents de décompression [1] peuvent ainsi entraîner des hémorragies rétiniennes et bien d’autres signes (nystagmus, diplopies, scotomes, occlusion de l’artère centrale de la rétine…).

Deux personnes sautant en parachute

© German-skydiver

Mais c’est surtout l’oreille qui est victime en cas de variations rapides de pressions, que ce soit dans le cadre de la plongée ou des sports aériens (voltige, parachutisme, chute libre, sport de l’extrême….). Le barotraumatisme d’oreille moyenne se manifeste d’abord par une douleur intense. La lésion peut progresser et une surdité apparaître si un épanchement se fait dans l’oreille moyenne. Les lésions risquent d’aller jusqu’à la rupture du tympan.

Les barotraumatismes sont plus fréquents dans les premiers mètres de la plongée où les variations de pression sont plus fortes. La pression double entre 0 et 10 mètres, associant pression atmosphérique et pression hydrostatique. Or, quand on plonge à quelques mètres de profondeur, avec ou sans équipement, on est rarement conscient des risques pour l’oreille. Ces barotraumatismes d’oreille moyenne, qui surviennent à la descente, sont les plus fréquents. Il en existe également d’oreille interne qui surviennent à la descente mais aussi à la montée. Ces derniers se font tout de même plus rares.

Principales victimes de ces accidents : les plongeurs amateurs qui « font le yoyo », qui plongent en apnée à 5 ou 10 mètres, qui plongent et qui remontent… « La compression rapide associée à un mauvais fonctionnement de la trompe d’Eustache va provoquer un coup de piston de l’étrier dans la fenêtre ovale… Cela peut entraîner des atteintes de l’oreille interne engendrant des surdités de perception parfois sévères ! » stipule le Pr. Clément. Un vertige peut survenir lors de ces barotraumatismes. Il est en règle générale bref et bénin, mais le danger est alors de perdre tous ses repères et de ne plus pouvoir remonter…

En plongée, au premier signe de sensation d’oreille bouchée, on fait la manœuvre de Valsalva**. Si l’oreille reste bouchée malgré tout ou en cas de douleur, il vaut mieux remonter. Ces risques sont encore accrus quand le plongeur souffre de rhinite. En avion, même en avion de ligne pressurisé, il est conseillé d’éviter de voler en cas d’otite ou de rhume. Si une douleur se fait ressentir, il est important de déglutir, bailler, mobiliser le voile du palais, ou faire la manœuvre de Valsalva, pour rééquilibrer les pressions dans l’oreille moyenne (par l’intermédiaire de la trompe d’Eustache).

« Le plus nocif, c’est lorsque plusieurs risques se combinent. Par exemple les patients partis faire de la plongée sur l’île Maurice… Avant le départ, ils font une dernière plongée et dans la foulée, vont reprendre l’avion… » Les variations de pression seront d’autant plus fortes.

Chocs et hyperpressions brutales : les sports de balle, de combat et de tir particulièrement concernés

Femme qui boxe

© Lorado

Beaucoup de sports – et pas seulement les sports de combats- peuvent entraîner des chocs, des chutes, susceptibles de retentir sur l’œil. Un coup sur l’orbite peut ainsi engendrer des lésions sévères. Sans oublier les projectiles susceptibles de provoquer des hémorragies, des lésions cornéennes, des plaies perforantes… Les jeux de balles comme le baseball, le squash, le tennis, le hockey sont ainsi considérés comme des sports à risque pour la vision. [2]

L’oreille n’est pas en reste. « Dans un sport comme le water polo, les joueurs prennent de véritables claques, des blast auriculaires » explique le Pr Clément. Ces hyperpressions risquent d’entraîner une rupture de la membrane tympanique. La forte variation de pression est aussi susceptible d’altérer la cochlée. La boxe, le rugby, le foot, le hand, tous les sports de contact peuvent provoquer ce type d’accident. En cas de blast, il faut consulter dans les 24 h (pour voir si l’oreille interne est touchée). Si ce n’est pas le cas, l’accident sera sans conséquence car le tympan cicatrise bien. Une seule condition : ne pas mettre d’eau dans l’oreille.

Le « bruit impulsionnel » est une autre forme de « choc » pour l’oreille. La chasse, le balltrap, le tir exigent une protection (casque) pour éviter tout risque. Ce bruit est d’autant plus intense que le sport est pratiqué dans une salle fermée : celui qui tire en extérieur est un peu moins exposé que celui qui pratique dans un stand souterrain très réverbérant. La latence du réflexe stapédien*** est trop lente pour permettre une protection naturelle de l’oreille lors de ces chocs. Ils peuvent entraîner des surdités définitives. « On voit souvent des jeunes qui viennent chez nous pour s’engager dans l’armée avec des séquelles de trauma sonore dus à ce type de pratiques ».

Quels équipements pour protéger sa vue et son audition pendant le sport ?

Que cela soit pour pallier un défaut visuel ou une audition fragilisée, ou bien pour prévenir les risques liés aux activités sportives, des équipements correctifs et/ou préventifs, adaptés aux disciplines sportives amateurs ou professionnelles, sont développés par les fabricants.

Le port de lunettes est par exemple indispensable pour certains sports : en nautisme, alpinisme, ski… une protection UV est incontournable pour préserver son capital visuel et un traitement polarisant est essentiel pour améliorer sa performance sportive (suppression des réverbérations). Les sportifs amétropes bénéficient aussi de verres sur mesure qui prennent en compte : la correction de l’acuité bien sûr mais aussi l’angle pantoscopique, la distance verre-œil, le galbe de la monture, la posture naturelle du porteur… Ainsi, l’équipement protège et corrige le défaut de vision, sans gêner la pratique sportive.

Pour les lentilles de contact, à l’exception des disciplines aquatiques (voile, natation…) et aériennes (parachutisme, parapente…), elles sont autorisées et peuvent représenter un réel avantage en matière de champ de vision et de conforts plus importants.

En matière d’audition, les personnes malentendantes doivent choisir, avec leur audioprothésiste, des aides auditives qui résisteront à certaines contraintes (transpiration, mouvements…) et, si nécessaire, aux autres équipements portés : « si le sportif doit porter un casque ou mettre des lunettes de protection (vélo, ski…) par exemple, il faut bien choisir son aide auditive. Les contours d’oreille, même miniaturisés, risquent de gêner. Il peut être intéressant d’opter – si les conditions le permettent – pour des prothèses qui se placent au fond du conduit auditif » précise Pr Clément.

Comme en optique, les fabricants d’audioprothèses innovent aussi en permanence dans ce domaine. Il existe désormais des aides auditives étanches compatibles avec la pratique de sport d’eau.

En prévention, les bouchons d’oreilles sont un moyen de limiter les risques (post-chirurgie de l’oreille, yoyos, infections…) et de continuer à pratiquer. Spécialement conçus pour que l’eau ne pénètre pas dans le conduit auditif, il existe des bouchons en silicone réutilisables pour la pratique de la natation et des autres sports nautiques (surf, planche à voile…). Ces bouchons peuvent être associés à des bandeaux en néoprène, conçus pour renforcer encore la protection de l’oreille contre l’eau.

 

[1] SNOF, « Plongée sous-marine et ophtalmologie »
[2] Organisme pour la Prévention de la Cécité (OPC), « Les traumatismes oculaires »

*Barotraumatisme : accident touchant les tissus du corps humains, causé par un changement de pression des gaz contenus dans le corps.
**Manœuvre de Valsalva : expirer de l’air vers les trompes d’Eustache, en ayant la bouche fermée et le nez pincé.
***Réflexe stapédien : appelé aussi réflexe acoustique, contraction involontaire des 2 muscles de l’oreille moyenne, le muscle stapédien (étrier) et le muscle du marteau. En rendant plus rigides la chaîne des osselets, il atténue le niveau des sons transmis à l’oreille interne.

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