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L’orthophonie, au secours de nos communications

À l’occasion de la sortie de la 4e étude de l’Observatoire de la santé visuelle et auditive sur l’apprentissage de la lecture, revenons sur les principes et bénéfices de l’orthophonie, une discipline de soin dédiée aux communications écrites et orales. Le point avec Annie Dumont, orthophoniste et chargée de cours à l’UPMC Sorbonne Université.

Garçon en train de lire

©JGI/Jamie Grill

On estime que 5 à 6 % des enfants d’une classe d’âge scolarisée présentent des troubles de la lecture[1]. Par ailleurs, 76 % des parents d’enfants du CP au CE2 estiment que leur enfant a des difficultés pour apprendre à lire[2]. Depuis son essor dans les années 1970, l’orthophonie constitue une approche de choix dans ces situations désarmantes de difficultés d’apprentissage pour les familles et les enseignants. « Notre métier, c’est de mener des actions de prévention, de diagnostic et de traitement pour le maintien des fonctions de communication écrite ou orale », rappelle Annie Dumont.

Au-delà de la prise en charge bien connue des enfants, notamment ceux que l’on qualifie de « dyslexiques » (la classification internationale DSM-5[3], parle maintenant de « trouble spécifique des apprentissages avec déficit en lecture ») ou « dysphasiques » (« trouble du langage »), l’orthophonie peut également s’adresser à tout un panel de publics. De l’enfant « dys » à la personne âgée atteinte de la maladie d’Alzheimer en passant par les victimes d’AVC, de cancers de la gorge ou encore les transsexuels en transition de genre, tour d’horizon des différentes pratiques de l’orthophonie.

L’orthophoniste, un acteur clé du diagnostic des troubles « dys »

Les troubles du développement des apprentissages durables (du langage écrit, oral, des calculs ou des coordinations, permettant notamment l’écriture), chez des enfants à l’intelligence normale et sans déficit des organes sensoriels (vue, ouïe), sont aujourd’hui reconnus par la communauté scientifique et la classification internationale DSM-5 comme des conséquences d’un défaut lors du développement intra-utérin du cerveau. La « dyslexie », ancien terme encore utilisé en France, est donc bien une pathologie et n’est pas dû à un mauvais apprentissage de la lecture ou à un type d’éducation, même si un environnement stimulant limite ses effets.

Portrait d'Annie Dumont, orthophoniste

Annie Dumont, orthophoniste

« Devant un décalage des calendriers du développement du langage oral, ou des problèmes de langage (un enfant qui parle peu, mal, bégaie ou déforme les mots), un bilan orthophonique peut être prescrit chez l’enfant dès 3 ans et avant l’apprentissage de la lecture. Plus tard, ce bilan inclut les capacités de lecture », explique Annie Dumont. Ce bilan est aujourd’hui quantifié et standardisé. Il permet de situer l’enfant par rapport à son groupe d’âge, par exemple en termes de capacité de lecture, et d’analyser les composantes de sa lecture, l’assemblage de syllabes ou la reconnaissance directe de mots connus. À cela s’ajoute une mesure du niveau de compréhension et des épreuves d’attention, de mémoire et de langage oral. Selon les résultats, le programme de rééducation sera adapté, sur un versant plutôt phonologique (auditif, pour une meilleure articulation des mots), ou visuo-attentionnel, voire mixte. « Attention cependant à ne pas s’inquiéter inutilement, à cause de la pression sociale qui vise l’excellence chez les enfants. Les calendriers d’intégration de la lecture peuvent varier d’un enfant à l’autre et le bilan permet vraiment de déterminer quel enfant aura réellement besoin d’un suivi orthophonique », pointe Annie Dumont.

Vers une compensation des troubles

Le suivi peut durer de quelques mois à plusieurs années, selon le type de trouble. Ainsi, une dyslexie principalement « phonologique », sans problème oculomoteur, peut être compensée en quelques séances si l’enfant est suivi dès le CP. Par contre dans les cas d’une dyslexie mixte (phonologique, visuo-attentionnelle et motrice), souvent doublée d’une dysorthographie, le travail avec l’orthophoniste s’étale pendant tout le primaire. L’orthophoniste travaille parfois en réseau, avec des psychomotriciens, des graphothérapeutes, voire des orthoptistes.

Les techniques de rééducation pratiquées par les orthophonistes sont nombreuses, plus de 80. Elles peuvent être purement auditives, multisensorielles, ou s’inspirer de la neuropsychologie cognitive. Elles font de plus en plus appel à l’outil numérique, par exemple avec des exercices sur tablette pour développer la morpho-syntaxe. « La compétence de l’orthophoniste est primordiale. Seules nos techniques de rééducation, numériques ou non, de la conscience phonologique et d’entraînement à l’attention visuelle ont montré leur efficacité, contrairement à beaucoup de pseudo-techniques que l’on voit fleurir sur internet pour le grand public », milite l’orthophoniste.

La réussite de la compensation repose sur de nombreux facteurs, comme la précocité du diagnostic, la qualité de l’aide pédagogique reçue à l’école, la compréhension parentale et le comportement de l’élève lui-même. Dans tous les cas, les troubles « dys » restent permanents mais peuvent faire l’objet d’une compensation assez efficace pour permettre à l’enfant de mener à bien son éducation et plus tard son projet professionnel.

Des enfants aux adultes

Il arrive que des adultes atteints de troubles « dys » ressentent de nouveau le besoin d’une prise en charge, à des moments-clés de leur vie professionnelle. Des programmes orthophoniques leur sont spécialement dédiés et offrent un suivi ponctuel pour éviter une résurgence des difficultés rencontrées pendant l’enfance.

Orthophoniste avec deux enfants

©Maskot

Cependant, les « dys » ne constituent pas le seul public que l’orthophoniste est amené à suivre, chez les enfants comme chez les adultes. « Nous voyons aussi des enfants atteints de handicaps, comme des troubles auditifs, tels que la surdité. Cette pathologie est aujourd’hui diagnostiquée très tôt, lorsque l’enfant est encore bébé. Nous agissons alors le plus tôt possible sur le développement de la communication et des interactions, par un travail avec les parents. Les enfants sourds ne développeront ainsi pas de troubles de la lecture ultérieurement. De même, nous accompagnons des enfants autistes pour le développement de la communication orale », illustre Annie Dumont.

Chez les adultes, les motifs de consultation sont plus larges que ne l’imagine le grand public. Les fonctions de communication peuvent ainsi se dégrader avec des pathologies comme Alzheimer ou d’autres maladies neurodégénératives. « Nous mettons alors en place une approche dite « écologique », qui prend en compte l’entourage », explique l’orthophoniste. De même, après un AVC ou un traumatisme crânien, certaines zones neurologiques commandant des aspects du langage peuvent moins bien fonctionner. Dernière corde à leur arc, les orthophonistes travaillent également la voix et les troubles de la déglutition. « Les troubles de la voix, les dysphonies, sont des troubles qu’on arrive très bien à rééduquer. Nous prenons également en charge des patients atteints de Parkinson ou de cancers de la gorge, qui doivent apprendre de nouvelles façons de produire des sons, à cause de problèmes d’articulation difficile ou parce qu’ils ont perdu leurs cordes vocales », détaille Annie Dumont.

L’univers de l’orthophonie ne cesse d’évoluer, de complexifier ses approches tout en les validant scientifiquement, et en s’adaptant aux évolutions et besoins de la société. En témoigne le développement récent de techniques inspirées du traitement des dysphonies par des orthophonistes spécialisés dans les transitions sexuelles, afin de modifier timbre et débit de la voix.

Pour en savoir plus : « Idées reçues sur la dyslexie » de Annie Dumont, aux Éditions Le Cavalier Bleu

 

[1] Société Française de Pédiatrie et Direction Générale de la Santé
Disponible sur : https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/Difficultes_et_troubles_des_apprentissages_chez_l_enfant_a_partir_de_5_ans.pdf
[2] Étude OpinionWay pour l’Observatoire de la santé visuelle et auditive, mars 2019.
[3] Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, 2013.

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