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LSF : une solution pour lutter contre l’exclusion des sourds

En France, 8 % de la population, soit 5 millions de personnes, est touchée par des problèmes auditifs. Parmi ces personnes, 300 000 pratiquent la langue des signes française (LSF), en très grande majorité des sourds de naissance. Si le sentiment d’isolement et les difficultés dans la vie quotidienne sont encore bien présents, des solutions techniques et des initiatives sociales se multiplient en relation avec cette pratique.

 

Femme interprète en langue des signes lors d'un meeting

© Juan Garcia Aunion

Toutes les études vont dans le même sens. La surdité et la malentendance favorisent l’isolement social et le déclin cognitif. Selon une étude canadienne de 2016 [1], une perte d’acuité auditive de 10 décibels, soit le bruit d’une respiration lente, augmente de 52 % le risque d’être isolé socialement. Chez les enfants – 30 000 à 50 000 jeunes en France présentent des altérations graves ou sévères du système auditif – l’acquisition du langage parlé est retardée, avec des effets préjudiciables sur la scolarité.

Une première solution, selon l’association JNA (Journée Nationale de l’Audition), consiste donc à dépister au plus tôt ces troubles, en réalisant régulièrement un bilan complet chez un ORL afin de mettre en place des solutions adaptées si nécessaire. « 1 Français sur 2 n’a jamais réalisé de bilan complet de son audition ou il y a plus de 10 ans », déplore l’association. Au-delà de l’appareillage qui peut être proposé, la promotion de la langue des signes française (LSF) est un enjeu majeur, surtout pour les sourds de naissance.

Des outils en LSF

La langue des signes française a été reconnue de plein droit comme langue de la République depuis 2008 et pourtant son usage reste encore parcellaire. Des sociétés tentent de la développer dans les produits destinés aux sourds et malentendants. « Nous avons constaté qu’il existe très peu de supports de lecture adaptés aux jeunes sourds », expliquent Marlène Varnerin et Brigitte Gros, fondatrices d’Inclood. « Nous allons éditer dès cette année des livres interactifs qui s’accompagnent d’une application proposant des vidéos en LSF. Il s’agit d’un support de lecture pour des jeunes dont la langue naturelle est la LSF ».

Donner plus de place à la LSF est aussi le souhait de l’initiative « Bête à Bon Dieu Production », start-up incubée à Antropia, le catalyseur d’entreprises sociales de l’ESSEC, et soutenue par la Fondation Groupe Optic 2ooo. Elle a créé une web TV « BàBDP TV » qui diffuse des débats et des reportages citoyens, entre sourds et entendants, accessibles en français et en LSF.

Rendre les lieux publics et culturels vraiment accessibles

S’il est appréciable que des produits culturels et des médias soient pensés pour les malentendants, l’accessibilité des lieux reste elle encore trop anecdotique. Certains ont décidé de s’attaquer au problème. C’est le cas du Louvre avec l’association Action Handicap France qui offre « la Petite galerie du Louvre », des commentaires d’œuvres filmés en LSF. « Au Louvre, nous organisons aussi des visites en langue des signes et en lecture labiale », complète Michel Lo Monaco, chargé de programmation handicap au musée.

Infirmière qui parle en langue des signes avec une personne âgée

© Dean Mitchell

Bien souvent en effet, communiquer avec le personnel des lieux publics, des services ou des administrations est un défi. La plate-forme d’opérateurs en LSF est la solution plébiscitée du moment. Certains services clients de grands groupes comme SFR, Free ou encore La Poste font ainsi appel à un service baptisé DeafiLine, un centre d’appel où des téléconseillers répondent aux malentendants en LSF par visio-conférence. Le CHR de Metz-Thionville (Moselle), le CHU de Limoges (Haute-Vienne) et certaines mairies ont eux choisi des applications concurrentes, Accousurd et Acceo, qui offrent le même service via un smartphone. « C’est très angoissant de ne pas arriver à se faire comprendre ou à entendre ce qu’on nous dit. Grâce à ce dispositif, les patients pourront mieux comprendre leur pathologie et les indications thérapeutiques à suivre », estime Christophe Pereira du service de radiologie du CHU de Limoges.

Une nouvelle société

L’administration, la santé et l’éducation méritent d’être repensées pour plus d’inclusion des personnes sourdes et malentendantes. Depuis 2000, des unités d’accueil et de soins pour sourds (UASS) ont été mise en place en France dans les hôpitaux, avec des interprètes en LSF présents lors des consultations. Problème, il n’en existe qu’une vingtaine en France. Il en va de même dans les écoles où plus d’interprètes seraient nécessaires pour les élèves sourds. Des unités pour l’inclusion scolaire (ULIS) sont développées depuis 2015 avec des cours particuliers en LSF et du soutien en classe. L’Académie de Versailles propose, et c’est la seule en France, un accompagnement en langue parlée complétée, une transposition visuelle du français, pour 30 enfants, du primaire au lycée.

Au-delà de ces dispositifs d’exception, les sourds et malentendants appellent à une transformation de la société, par la voix notamment d’une communauté de plus en plus présente sur YouTube. « Je veux mettre en lumière le monde des sourds et casser les clichés », milite ainsi Lucas Wild qui tient la chaîne « Monsieur Lucas Wild ».

Ce combat s’affirme comme de plus en plus politique. La député belge sourde Helga Stevens, qui milite pour le droit à la vie professionnelle et à la citoyenneté des personnes sourdes et malentendantes, a ainsi fait voter en novembre 2016 une résolution faisant des langues des signes européennes des langues officielles, dans leurs États et au sein des institutions de l’Union. En France, la fédération nationale des sourds de France vient d’adresser un manifeste électoral aux candidats à l’élection présidentielle. Avec des revendications claires : l’accessibilité des campagnes en LSF pour un plein droit à la citoyenneté et des mesures concrètes après l’élection pour désenclaver ce handicap. Les choses devront aller encore plus loin pour toucher toutes les personnes atteintes de malentendance en France, au-delà de ceux qui pratiquent la LSF.

 

[1] Mick P, Pichora-Fuller MK, « Is hearing loss associated with poorer health in older adults who might benefit from hearing screening ? » Ear and hearing 2016 ; 37 (3) : e194-201.

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