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Myopie des enfants : comprendre « l'épidémie » pour l'enrayer

Phénomène préoccupant dans le monde entier, la myopie des écoliers ne cesse de progresser. D’ici 2050, la fréquence de ce trouble visuel pourrait doubler[1]. Comment expliquer cette « épidémie » galopante ? Que faire pour protéger la vue des enfants ? L’Observatoire de la santé visuelle et auditive fait le point en ce début d’année scolaire.

Petite fille à l'école qui écrit sur un cahier

©PeopleImages

Des plissements de paupières, une tendance à vouloir se rapprocher du tableau ou de la télévision…, chez un enfant, ces signes révèlent souvent une difficulté à voir de loin et doivent rapidement mener au cabinet d’un ophtalmologiste. Une prise en charge précoce et appropriée permettra d’éviter la progression de la myopie.

La myopie touche de plus en plus d’enfants en âge scolaire. En Asie, sur les bancs des universités, on compte jusqu’à 80 % de myopes, dont la myopie est apparue dans l’enfance. Là-bas, la lutte contre la myopie est devenue une priorité pour les autorités sanitaires. « En France, on ne parle pas encore d’épidémie. Sans disposer de chiffre précis, nous constatons cependant une progression des enfants myopes et porteurs de lunettes » nuance la Professeure Claude Speeg Schatz, cheffe du service d’ophtalmologie au CHRU de Strasbourg.

À la recherche des causes

Il y a quinze ans, les chercheurs se sont lancés dans la recherche des causes de cette progression fulgurante afin de trouver des moyens de la freiner. La piste génétique n’a pas été concluante, bien que plus de 100 gènes associés à la survenue de la myopie aient été identifiés jusqu’à maintenant. S’il y a en effet plus de risque pour un enfant de devenir myope quand ses parents le sont (deux fois plus de risque si l’un des deux parents est myope, huit fois plus si les deux sont touchés[2]), l’hérédité ne permet pas d’expliquer l’ampleur de l’« épidémie ».

C’est plutôt du côté des modes de vie des enfants, radicalement différents aujourd’hui de ceux des générations nées avant les années 1980, que les premières réponses sont venues. D’abord, le temps passé devant les écrans – télévision, tablettes, jeux vidéo – en vision de près, a été incriminé. Mais ce seul facteur de risque, réel, est pourtant insuffisant.

En 2008, une équipe australienne, menée par le Professeur Ian Morgan, a identifié une piste clef : le temps passé à l’extérieur. En questionnant des écoliers de différents pays d’Asie sur leur quotidien, il a découvert que les enfants ayant des activités dehors étaient moins myopes que les autres. Et ce, même s’ils étaient en contact avec des écrans[3]. « En France, on observe en effet une différence entre les petits urbains et les enfants qui grandissent à la campagne » précise la Professeure Claude Speeg-Schatz.

En stimulant la production de dopamine au niveau de la rétine périphérique, la lumière du jour a un effet protecteur et semble ralentir l’apparition de la myopie. Depuis 2008, à Taïwan, un programme de prévention reposant sur les travaux d’Ian Morgan donne des résultats spectaculaires : le taux de myopie baisse chaque année de 10 %[4]. La recette : les écoliers ont des temps de récréation à l’extérieur plus longs et certains cours sont donnés dans la cour.

Des solutions pour ralentir la progression de la myopie

Petit garçon chez l'ophtalmologiste

©GettyImages

À côté de la prévention, reste la question de la prise en charge des enfants myopes. « Ce qui est important, c’est de corriger les enfants de façon totale et permanente. L’enfant doit porter ses lunettes de correction tout le temps, et pas seulement à l’école » explique Claude Speeg-Schatz qui insiste sur l’importance de faire une cycloplégie (paralyser l’accommodation par l’instillation de gouttes de médicament) afin que l’effort accommodatif de l’enfant ne fausse pas l’examen.

L’orthokératolgie permet quant-à-elle la correction temporaire de la myopie par le port de lentilles rigides de forme spéciale, ayant un rayon plus plat que celui de la cornée. Ces lentilles sont destinées aux patients souffrant de myopie légère à modérée, et se portent durant 6 à 8 heures, la nuit, et s’enlèvent le matin. Elles remodèlent la cornée pendant le sommeil et permettent une vision nette pendant la journée, sans besoin de lunettes ou de lentilles de contact. De nombreuses études mettent en avant le ralentissement significatif de la croissance du globe oculaire et donc, la rééducation de la progression de la myopie, particulièrement chez les enfants[5]. La prescription de ces lentilles se fait chez un ophtalmologiste-contactologue.

« La dernière piste, la seule médicamenteuse, pour limiter la progression de la myopie chez les enfants, repose sur l’instillation d’une goutte d’atropine très diluée au coucher » indique Claude Speeg-Schatz. L’atropine provoque une paralysie de l’accommodation et une dilatation de la pupille. D’après les premiers résultats de l’étude clinique du Pr Speeg-Schatz et ceux d’autres études, cette solution semble bien marcher mais, ce collyre ne doit pas être utilisé quotidiennement car il provoque des effets secondaires désagréables (photosensibilité, perte de la vision nette de près)[6].

Quand consulter pour un premier examen ?

Le Pr. Claude Speeg-Schatz conseille un premier rendez-vous chez l’ophtalmologiste avant l’âge de douze mois si l’un des parents est myope et avant l’entrée en CP pour les enfants sans antécédent.

 

Pour en savoir plus :
– Retrouvez l’article du Professeur Dominique Brémond-Gignac pour l’Observatoire du groupement Optic 2000 sur le développement visuel de l’enfant et de l’adolescent http://www.observatoire-groupeoptic2000.fr/wp-content/uploads/2016/03/Article_Dominique-Bremond-Gignac.pdf
– « Demain, tous myopes ! », documentaire de Christophe Kilian, Arte, 2018 https://boutique.arte.tv/detail/demain_tous_myopes

 

[1] Brien A. Holden, PhD, DSc, Timothy R. Fricke, MSc, David A. Wilson, PhD, Monica Jong, PhD, Kovin S. Naidoo, PhD’Correspondence information about the author PhD Kovin S. NaidooEmail the author PhD Kovin S. Naidoo, Padmaja Sankaridurg, PhD, Tien Y. Wong, MD, Thomas J. Naduvilath, PhD, Serge Resnikoff, MD Manuscript no. 2015-906.
[2] Ip et coll. Ethnic differences in the impact of parental myopia: findings from a population-based study of 12-year-old Australian children. Invest Ophthalmol Vis Sci 2007; 48: 2520–2528.73)
[3] K.Rose et coll, Outdoor Activity Reduces the Prevalence of Myopia in Children, Ophtalmology, août 2008 https://doi.org/10.1016/j.ophtha.2007.12.019
[4] Wu et al.: Outdoor activity during class recess reduces myopia onset and progression in school children (Ophthalmology 2013;120:1080-1085). [Ophthalmology. 2014]
[5] Khoo CY, Chong J, Rajan U. A 3-year study on the effect of RGP contact lenses on myopic children. Singapore Med J. 1999;40(4):230–237
– Charm J, Cho P. High myopia-partial reduction ortho-k: a 2-year randomized study. Optom Vis Sci. 2013;90(6):530–539.
– Chen C, Cheung SW, Cho P. Myopia control using toric orthokeratology (TO-SEE study) Invest Ophthalmol Vis Sci. 2013;54(10):6510–6517.
[6] Fan DS, Lam DS, Chan CK, Fan AH, Cheung EY, Rao SK. Topical atropine in retarding myopic progression and axial length growth in children with moderate to severe myopia: a pilot study. Jpn J Ophthalmol. 2007;51(1):27–33.
– Lee JJ, Fang PC, Yang IH, et al. Prevention of myopia progression with 0.05% atropine solution. J Ocul Pharmacol Ther. 2006;22(1):41–46.
– Tong L, Huang XL, Koh AL, Zhang X, Tan DT, Chua WH. Atropine for the treatment of childhood myopia: effect on myopia progression after cessation of atropine. Ophthalmology. 2009;116(3):572–579.
– Yen MY, Liu JH, Kao SC, Shiao CH. Comparison of the effect of atropine and cyclopentolate on myopia. Ann Ophthalmol. 1989;21(5):180–182. 187
– Shih YF, Chen CH, Chou AC, Ho TC, Lin LL, Hung PT. Effects of different concentrations of atropine on controlling myopia in myopic children. J Ocul Pharmacol Ther. 1999;15(1):85–90.
– Wu PC, Yang YH, Fang PC. The long-term results of using low-concentration atropine eye drops for controlling myopia progression in schoolchildren. J Ocul Pharmacol Ther. 2011;27(5):461–466.
– Chia A, Lu QS, Tan D. Five-Year Clinical Trial on Atropine for the Treatment of Myopia 2: Myopia Control with Atropine 0.01% Eyedrops. Ophthalmology. 2016;123(2):391-9.

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