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Perte de l’audition, quelles conséquences ?

La presbyacousie, perte auditive liée à l’âge, si elle n’est pas compensée, peut avoir des conséquences importantes pour la personne âgée et son entourage : isolement, dépression, augmentation du risque de chute, dépendance, déclin cognitif, démence. Autant d’effets néfastes qu’il est possible de réduire avec un dépistage précoce et une bonne prise en charge.

Portrait d'une femme âgée

©ivanastar

La presbyacousie concerne 30 % des plus de 65 ans et presque la moitié des plus de 75 ans[1]. Cette maladie est liée à la dégénérescence naturelle des cellules ciliées de la cochlée, un processus qui s’initie dès 30 ans, mais dont les premières gênes sont généralement ressenties vers 50-55 ans. Le capital initial, d’environ 15 000 cellules ciliées, s’épuise peu à peu, avec une atteinte en premier lieu des cellules les plus sophistiquées qui reconnaissent les sons aigus. La perte est très progressive, de l’ordre de 1dB par an et les premières difficultés notables se font sentir pour suivre une conversation dans un environnement bruyant.

Cette perte d’audition est courante mais souvent minimisée par les patients eux-mêmes. En plus d’être une gêne dans les relations sociales, ce qui peut favoriser l’isolement, la presbyacousie peut être associée à un grand nombre de complications si elle n’est pas compensée, comme la dépression, l’altération de la condition physique, la dépendance, l’augmentation du risque de chute, un déclin cognitif plus rapide, voire un risque augmenté de démence.

Mieux comprendre les troubles cognitifs liés à la perte d’audition

« Nous avons décidé d’étudier ce que j’appelle les 4D : dépression, dépendance, démence, décès prématuré, dans une étude de grande ampleur et sur un temps long de 25 ans, car ce sont les facteurs qui contribuent le plus à la détérioration de la qualité de vie pour la personne et son entourage », détaille le Docteur Hélène Amieva, chercheuse à l’Inserm à Bordeaux. Les résultats de cette étude, menée dans le cadre de la cohorte PAQUID[1], pointent une association forte entre les problèmes d’audition et la dépendance dans les tâches du quotidien, ainsi que le développement de démences. Cependant, l’association entre dépression et perte auditive n’a été prouvée que pour les hommes, et non pour les femmes, et aucun lien n’a pu être mis en évidence avec des décès prématurés. « Notre étude est assez longue pour montrer qu’il ne s’agit pas d’une même maladie qui évoluerait, mais bien d’une causalité entre la perte auditive et ses complications », estime la chercheuse.

2 à 5 fois plus de risque de démence

Le lien entre presbyacousie et déclin cognitif, voire développement de démence au sens large, est de plus en plus affirmé dans la communauté scientifique. Dès 2011, une équipe américaine menée par le Docteur Franck Lin, du centre Johns Hopkins à Baltimore, avait montré que pour chaque tranche de 10dB de perte auditive, le risque de démence à 12 ans augmente d’environ 20 %[2]. « Les études les plus récentes établissent un lien entre perte auditive et déclin cognitif sur le long terme, de l’ordre d’un risque multiplié par deux pour une perte d’audition légère (de 20 à 40dB) et d’un risque multiplié par 5 avec une perte profonde (entre 70 et 90dB) », précise le Professeur Bernard Fraysse, chef du service d’ORL du CHU de Toulouse.

« Avec le repli sur soi, nous observons une diminution des échanges, de la stimulation et le développement de troubles divers, de l’attention, de la mémoire, des fonctions exécutives. Le manque d’entraînement, même sur des tâches quotidiennes, amorce le déclin puisque dans le cerveau, la fonction fait l’organe », explique le Docteur Christine Poncet, chef du service d’ORL de l’hôpital Rothschild à Paris. Le malentendant va aussi commencer à mobiliser son lobe préfrontal pour essayer de comprendre des sons, par exemple en milieu bruyant. Or, cette zone est normalement dévolue à la mémoire de travail, qui s’en trouve donc diminuée, ce qui explique les pertes cognitives observées sur le long terme.

Des conséquences évitables avec l’appareillage

Homme senior tenant un appareil auditif dans sa main

©SolStock

Bonne nouvelle, ce lot de complications n’est pas une fatalité. « Une étude récente[3] sur la démence a montré que la presbyacousie constitue l’un des facteurs modifiables les plus importants dans le déclin cognitif », note le Pr Fraysse. Cela signifie qu’une bonne partie des démences pourraient être évitées en surveillant son audition et en s’appareillant au plus tôt. Les études tendent à montrer la même chose. « Les personnes qui déclaraient des problèmes auditifs mais porteuses de prothèses auditives ne développaient pas de dépendance ou de démence[2]. Nous avons maintenant beaucoup d’arguments pour dire que l’appareillage compte », explique le Dr Amieva. Pour les stades plus avancés, le port d’un implant cochléaire avec un accompagnement orthophonique, peut éviter, voire même annuler les conséquences cognitives de la presbyacousie, à condition que la durée de privation sonore n’ait pas été trop longue[4].

« Problème, les études sur les prothèses sont toutes déclaratives, il faudrait vraiment disposer d’audiogrammes pour conclure sur l’efficacité des prothèses contre la démence », note le Pr Fraysse. Cela sera bientôt chose faite, puisque le Pr Franck Lin lance actuellement une vaste étude randomisée sur plus de 800 sujets bien suivis par des audiogrammes et comparant des personnes appareillées à un groupe contrôle. Les résultats sont attendus pour 2022.

Le dépistage précoce, nerf de la guerre

Le dépistage est essentiel si l’on veut espérer réduire les comorbidités associées à la presbyacousie. Il est aujourd’hui encore trop peu répandu et on estime que 2/3 des personnes âgées atteintes de troubles auditifs ne sont pas appareillées[2]. « Un autre défaut de ce dépistage est que le test d’audition est trop souvent pratiqué dans le silence alors que la gêne est d’abord présente dans le bruit. C’est l’idée du test « Hein », développé par l’association FrancePresbyAcousie, un test téléphonique qui évalue la reconnaissance de chiffres dans un bruit de fond. Il s’agit là du standard international pour la détection de la presbyacousie », rappelle le Dr Poncet.

 

[1] H Amieva et al., Death, depression, disability, and dementia associated with self-reported hearing problems: a 25-year study. J Gerontal A Biol Sci Med Sci 2018 73(10): 1383-1389.
[2] FR Lin et al., Heraing loss and incident dementia, Arch Neurol 2011 68 (2): 214-220.
[3] G Livingstone et al., Dementia prevention, intervention, and care. The Lancet, 2017 390 (10113): 2673-2734
[4] I Mosnier et al., Long-term cognitive prognosis of profoundly deaf adults after hearing rehabilitation using cochlear implants. J Am Geriatr Soc, 2018 66 (8) : 1553-1561.
I Mosnier et al., Improvement of cognitive function after cochlear implantation in elderly patients. JAMA Otolaryngol Head Neck Surg, 2015 141 (5) : 442-50.

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