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Le Tactile tour, l’exposition à voir et à toucher

Un permis de toucher les œuvres d’art ? C’est la proposition faite par l’association Valentin Haüy à toutes les personnes malvoyantes visitant le Tactile tour. Itinérante, innovante, étonnante et passionnante, cette exposition est tout ça, et bien plus encore. Les explications de Caroline Tiévant, responsable des projets santé visuelle et des CECOM du Groupement Optic 2000, et d’Olivier Loock, directeur du développement de l’association Valentin Haüy.

Tactile tourLe Tactile tour a vu le jour en 2022. L’événement, couronné de succès, est renouvelé depuis, et se balade de ville en ville. Pouvez-vous nous le présenter ?

Olivier Loock. Il s’agit d’une exposition itinérante, réunissant une quinzaine de chefs-d’œuvre, spécialement façonnés pour les personnes déficientes visuelles. Elle a cette particularité que les visiteurs sont invités à toucher les œuvres pour les découvrir et les comprendre. La matérialisation en trois dimensions donne un accès direct à ce qu’a voulu transmettre l’artiste. Les œuvres retenues, et réinventées, sont très éclectiques. Cela va de l’Autoportrait de Vincent van Gogh au Mariage de la Vierge de Raphaël, d’un extrait de la tapisserie de Bayeux à des dessins de Léonard de Vinci. L’idée, c’est que chacun puisse trouver ce qui l’intéresse, car nous n’avons évidemment pas tous les mêmes goûts.

Qui a réinventé toutes ces œuvres ?

OL. Il s’agit de l’artiste plasticien et architecte Rémy Closset, un bénévole de l’association Valentin Haüy. C’est lui qui a eu l’idée de modéliser numériquement des œuvres, en y restant le plus fidèle possible, pour que les personnes déficientes visuelles puissent mieux les percevoir. Certaines de ces œuvres ont été mises en relief par impression 3D, d’autres par fraisage d’une plaque de polyuréthane. C’est un travail minutieux et complexe. A titre d’exemple, la Vierge au Rocher a nécessité plus de 200 heures de travail. A chaque étape du Tactile tour, les visiteurs malvoyants sont invités à toucher les œuvres. Des bénévoles de l’association aident celles et ceux qui le souhaitent, en leur expliquant dans quel sens est le visage des personnages présents sur l’œuvre, ce qu’ils vont toucher (ici le front, là le nez…), etc. Des descriptions en braille sont aussi disponibles à côté de chaque œuvre présentée. Nous sommes très heureux que la Fondation d’entreprise Optic 2000-Lissac-Audio 2000 nous accompagne dans cette aventure.

« Certaines de ces œuvres ont été mises en relief par impression 3D, d’autres par fraisage d’une plaque de polyuréthane. C’est un travail minutieux et complexe. »

L’exposition, organisée par l’association Valentin Haüy, est en effet soutenue par la Fondation d’entreprise Optic 2000-Lissac-Audio 2000. Comment expliquez-vous cet engagement ?

Caroline Tiévant. Nous partageons avec l’association Valentin Haüy un point commun, celui de vouloir aider les personnes déficientes visuelles. Parmi les visiteurs du Tactile tour, il y a des patients qui ont déjà poussé la porte de nos CECOM. Créés à l’initiative d’Optic 2000 en 2010 et soutenus par la Fondation d’entreprise Optic 2000-Lissac-Audio 2000, les CECOM sont des centres gratuits d’orientation pour améliorer le quotidien des personnes malvoyantes, les aider à rester autonomes dans leur vie quotidienne. Aujourd’hui, grâce à ces centres présents à Paris, Lille et Besançon, les personnes malvoyantes sont accueillies et prises en charge par un orthoptiste et un opticien spécialisés en basse vision. Nous avons accompagné depuis l’ouverture de ces centres plus de 5 700 personnes. Pendant ce rendez-vous gratuit d’1h30, elles testent des aides optiques, sont conseillées, éventuellement orientées vers d’autres professionnels de santé… Ces centres sont très sensibles à la qualité de vie, au développement de l’autonomie et l’art en fait pleinement partie. Nous y rencontrons des personnes, souvent âgées, souffrant d’une vue qui décline. Pouvoir leur proposer ce type d’activités culturelles, c’est extrêmement positif pour renforcer le lien social et la vie en société.

Le soutien de notre Fondation a donc été une évidence. Nous travaillons avec l’association Valentin Haüy à faire connaitre cette exposition au grand public mais également aux professionnels de santé avec lesquels les opticiens de notre réseau et nous-même collaborons au quotidien. Ce sont les meilleurs relais pour faire savoir que la culture peut être accessible.

« La Fondation d’entreprise Optic 2000-Lissac-Audio 2000 et l’association Valentin Haüy partagent un point commun, celui de vouloir aider les personnes déficientes visuelles. »

La culture, l’art sont-ils aujourd’hui accessibles, en France, aux personnes aveugles ou malvoyantes ?

OL. Des progrès ont été faits ces dernières années, mais nous sommes encore très loin du compte. La complexité de l’expérience culturelle commence dès le tout début, au moment de la réservation des billets. Car pour aller au musée, la personne déficiente visuelle va devoir, souvent, se rendre d’abord sur un site internet, pour réserver un ticket d’entrée. Or, 97% d’entre eux ne sont pas accessibles aux personnes déficientes visuelles. Cela réduit énormément le champ des possibles. C’est la raison pour laquelle l’association Valentin Haüy aide des lieux culturels, comme le Grand Palais à Paris, à travailler leur expérience « visiteurs », en commençant par rendre accessible leur site internet. Une fois sur place, pour que la culture soit réellement accessible à tous, il faut ce que l’on appelle des dispositifs de médiation. Quelques musées commencent à les intégrer dans leur parcours. Il peut s’agir d’œuvres tactiles, de documents d’explication accessibles en braille, ou d’audiodescription. Attention, l’audiodescription n’a rien à voir avec l’audioguide. La première s’attache à décrire, sans interpréter ni prendre parti, quand le second raconte souvent une histoire. On sent le début d’une prise de conscience de la part des lieux de culture de la nécessité de s’adresser à tous les publics, mais le combat est encore loin d’être gagné…

Pourquoi est-ce important de rendre l’art accessible au plus grand nombre ?

OL. Tout simplement parce que l’art, c’est un droit. En priver certaines personnes, c’est une forme de discrimination. Or, l’art devrait plutôt rassembler, et chacun devrait avoir le choix de pouvoir aller dans n’importe quel musée. Certains pensent que la culture est superflue. Pour l’association Valentin Haüy comme pour moi, c’est au contraire absolument essentiel. C’est en ça qu’il est important que le Tactile tour continue de grandir : pour permettre aux personnes déficientes visuelles de rêver, de la même manière que les personnes voyantes. Ce n’est pas normal que ce bonheur que procure l’observation d’une peinture, d’une sculpture ou d’une photographie soit réservé à certains, et pas à d’autres. Lors de cette exposition, j’ai entendu des personnes dire que c’était la première fois de leur vie qu’elles ressentaient des émotions d’ordre culturel. C’est un des premiers talents de l’art : pouvoir susciter des émotions puissantes. Là, on peut dire que le pari est réussi…

 

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