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« Face à la surdité, nous disposons d’une large palette de solutions »

La Fondation pour l’audition vise à promouvoir l’information sur la surdité, encourager le dépistage des troubles auditifs et soutenir la recherche sur ces thématiques. Le guide « l’Audition pour les Nuls », publié à l’initiative de la fondation vient d’être réédité. Rencontre avec le Pr Bruno Frachet, co-auteur de l’ouvrage.

Nouvelle édition de L'Audition pour les nuls

©Fondation pour l’Audition

– Vous venez de publier une nouvelle édition de « l’Audition pour les Nuls ». Pourquoi, une telle mise à jour ?

Bruno Frachet : La première édition de ce livre, publiée en 2017, visait à remplir une des missions de la Fondation : vulgariser et diffuser largement auprès du grand public une information sérieuse et validée sur l’audition. Depuis, bien entendu, la recherche continue de progresser tant au niveau de la connaissance des mécanismes de l’audition que de l’électronique et des solutions pour corriger les déficits. Mais c’est surtout l’arrivée prochaine (en janvier 2021) du « 100% Santé », dont la mise en place a débuté progressivement depuis 2019, qui nous a conduit à rééditer cet ouvrage. Cette mesure permettra à toute personne dont la perte auditive le justifie de pouvoir bénéficier d’une aide auditive parmi un large choix sans contribuer de sa poche.

– Le 100% Santé devrait-il contribuer à favoriser l’appareillage ?

B. F. : Sans doute. Toutefois, même dans des pays comme le Danemark où les appareils auditifs sont totalement pris en charge, le taux d’équipement reste inférieur à 50 %. Cela signifie que pour 100 personnes qui pourraient bénéficier d’un tel appareillage, à peine 48 feront la démarche de s’équiper. Mais, petit à petit, on avance. Avec la miniaturisation des aides auditives, l’amélioration de leurs performances, nous sommes passés en quelques années en France de 29,8 à 41 % d’équipement des personnes avec un déficit auditif entre 2009 et 2018 (étude Eurotrak France 2018). Le 100% Santé va lever certains freins financiers et permettre une diffusion plus large de ces équipements. Mais il reste de nombreux autres freins.

– Comment lever ces derniers ?

B. F. : Trop de personnes retardent le moment de s’appareiller par crainte de « faire vieux ». C’est le contraire : l’appareillage permet de conserver un cerveau plus jeune ! Plusieurs études, dont celles du Pr Hélène Amieva, directrice de l’équipe « Psycho-épidémiologie du vieillissement et des maladies chroniques » à l’INSERM (Bordeaux), montrent que la perte auditive accélère le déclin cognitif, mais qu’à l’inverse le port d’une aide auditive permet de ralentir ce déclin. Ces études doivent être médiatisées. Il faut également jouer sur les effets de mode. Le développement des « EarBuds », ces écouteurs sans fil, pourrait ainsi modifier le regard porté sur les aides auditives. À l’avenir on ne saura pas si une personne porte ce type de dispositifs pour écouter de la musique ou… parce qu’elle n’entend pas bien. Nous voyons aussi apparaitre des appareils intelligents et connectés. Chez Starkey par exemple, le « Livio AI » est une aide auditive très sophistiquée qui sert notamment de traducteur automatique. La traduction se fait via une application et le téléphone renvoie le résultat dans l’aide auditive. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. La technologie galope !

« La perte auditive accélère le déclin cognitif, mais le port d’une aide auditive permet de ralentir ce déclin. »

– Si vous deviez faire le bilan de votre carrière d’ORL, quelles sont les évolutions qui vous auront le plus marquées ?

B. F. : J’ai eu la chance d’être interne dans le service du Pr Claude-Henri Chouard, inventeur de l’implant cochléaire. Avec l’implant cochléaire, on s’est attaqué à des surdités qui étaient jusqu’alors non appareillables. Les implants d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec ceux que nous posions autrefois… Le nombre de canaux qu’ils contiennent s’est multiplié, accroissant la précision de traitement de l’information sonore, et l’intervention s’est simplifiée. Au début, cela requérait 8 jours d’hospitalisation, aujourd’hui l’implant se pose en ambulatoire.

Les ORL ont également mis au point des chirurgies dont le résultat peut être merveilleux, comme ces interventions pour corriger l’otospongiose, cette maladie dégénérative de l’oreille moyenne qui touche des sujets assez jeunes et entraîne surdité et acouphènes. Sans oublier tout le développement de la rééducation orthophonique et la recherche sur les acouphènes. Du côté des appareillages externes, la fidélité de la transmission sonore est sans cesse améliorée, de telle sorte que les aides auditives ne servent pas seulement à entendre, elles permettent de redécouvrir le plaisir musical… Et demain nous évoluerons sans doute vers des aides auditives totalement implantables… La chirurgie robotisée est un autre axe de progrès qui va permettre d’aller encore plus loin.

« La chirurgie robotisée est un autre axe de progrès qui va permettre d’aller encore plus loin. »

Mon grand plaisir est qu’aujourd’hui face à une personne venue pour un problème de surdité, nous disposons d’une large palette de solutions, nous pouvons peser le pour et le contre et proposer la prise en charge la plus adéquate pour lui redonner l’ouïe la plus confortable possible. Et puis, j’ai pu rencontrer Madame Françoise Bettencourt Meyers (membre du comité de direction du groupe L’Oréal) qui fait du mécénat dans le domaine de la recherche sur la surdité, et l’intéresser à cette cause. Ensemble, et avec son mari Jean-Pierre Meyers, nous avons monté de nombreux projets, notamment dans le cadre des missions de la Fondation pour l’Audition.

– La Fondation récompense chaque année de nombreux projets de recherche [1]. Quels sont pour vous les plus prometteurs ?

B. F. : Tous ! Ces lauréats sont désignés par un conseil scientifique international qui récompense des projets sur des thématiques extrêmement variées. L’audition couvre un champ tellement vaste ! Pour ma part, je suis très investi dans la prévention des traumatismes sonores et dans le dépistage. J’espère que dans un avenir raisonnable nous disposerons d’indicateurs biologiques permettant de savoir si votre oreille est fragile ou pas. Cela aura des conséquences par exemple en médecine du travail. On pourra aménager les postes en fonction de votre risque personnel. Je m’intéresse également beaucoup aux travaux sur la repousse cellulaire qui pourraient conduire un jour à « réparer l’oreille ». Et enfin, si nous avons beaucoup progressé dans notre connaissance de l’oreille moyenne et de l’oreille interne, nous sommes encore très ignorants de tout ce qui se passe au-delà. En matière d’audition, entre le moment où je donne un ordre et le moment où cela déclenche une réaction dans votre cerveau, il se passe 700 millisecondes (ms). Nous commençons à bien connaître les 30 premières ms. Il nous reste à explorer toutes les autres, c’est-à-dire tout ce qui se passe au niveau du cerveau auditif et de la cognition… C’est énorme !

Et vous, entendez-vous bien ?
La fondation pour l’Audition a mis au point un test simple pour dépister une perte auditive. Pour le réaliser il suffit de télécharger l’application Höra sur son smartphone : https://www.fondationpourlaudition.org/fr/hora-le-test-daudition-de-la-fondation-pour-laudition-485

Le site audio2000.fr propose également un test d’audition simple, gratuit et rapide en ligne ; https://montestauditifenligne.audio2000.fr/

– Le Hein-Test sur le site www.hein-test.fr de l’Association France Presbyacousie permet d’évaluer votre compréhension de la parole dans le bruit.

À lire
L’audition pour les Nuls, Françoise Bettencourt Meyers, Bruno Frachet, Ed First.

Le Pr Bruno Frachet a consacré toute sa carrière aux troubles auditifs. Ancien chef de service ORL de l’hôpital Avicenne, il est président de France Presbyacousie et administrateur de la Fondation pour l’Audition.

 

[1] https://www.fondationpourlaudition.org/fr/pour-la-recherche/laureats-329

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