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Comprendre le rôle de l’oreille dans la performance sportive pour en faire son alliée

Au rugby, à la danse, au ski ou en plongée, tout sportif et toute sportive de haut niveau devrait un jour ou l’autre prendre conscience du rôle primordial de l’oreille pour sa pratique et sa performance, afin de  protéger voire de faire travailler cet organe au même titre que ses muscles ou tendons. Panorama des forces et faiblesses de l’oreille du sportif, organe de l’audition et surtout de l’équilibre, et des stratégies de rééducation mises en œuvre par les ORL et la médecine sportive.

Par le Dr Michel Ballester

Le Dr Michel Ballester est ORL, chirurgien cervico-facial et médecin militaire. Il est spécialisé en médecine aéronautique et titulaire d’un diplôme de médecine de plongée. Dans le cadre de son internat au Collège de France et au CEA (Commissariat à l’Energie Atomique), il a travaillé sur l’imagerie fonctionnelle et les projections vestibulaires et corticales. Il est également co-auteur d’un rapport de la SFORL (Société Française d’Oto-Rhino-Laryngologie et de Chirurgie de la Face et du Cou) consacré à l’impact du bruit en ORL. Le Dr Michel Ballester est l’auteur de plusieurs publications sur le sport dont : « Le mal de ski – Ski sickness » (Science & Sports) et « ORL et plongée sous-marine : un loisir non dénué de risques ».

 

L’essentiel :

L’audition joue un rôle clé dans les sports d’équipe, pour la communication entre les joueurs comme pour la prise en compte de certaines informations sonores qui contribuent à la sécurisation du jeu.

L’importance de l’oreille dans la pratique sportive s’exprime encore davantage au niveau de l’équilibre et de la posture corporels. Lorsque cet équilibre est perturbé, il est essentiel que des stratégies de rééducation puissent être mises en œuvre.

Les effets du sport sont bénéfiques pour les deux fonctions clefs de l’oreille, audition et équilibre, mais on sait que l’oreille doit être protégée dans certaines pratiques.

Il existe aujourd’hui des solutions auditives adaptées à la plupart des besoins – amplification du son ou protection de l’oreille – et des pratiques sportives, avec la possibilité, à l’aide de l’audioprothésiste, de régler et de personnaliser ces dispositifs.

 

L’audition joue-t-elle un rôle important dans la pratique sportive ?

De nombreux sports peuvent être pratiqués avec une audition défaillante, y compris à un haut niveau. D’ailleurs, les sportifs sourds concourent souvent dans des compétitions pour valides. Lors d’une course, par exemple, seul le signal du départ est un moment crucial pour lequel des stratégies de compensation devront être développées. Une fois la course débutée, l’audition ne joue qu’un rôle marginal (entendre un concurrent se rapprocher, percevoir les ovations du public…).

Si certaines disciplines individuelles sont peu ou pas affectées par un trouble auditif, l’audition se révèle en revanche importante dans tous les sports collectifs. Dans les sports de balle, une mauvaise audition affecte par exemple la capacité à localiser la balle et entendre son rebond. Sur le terrain, les joueurs s’interpellent, utilisent des codes pour communiquer malgré le bruit ambiant. Ils parviennent ainsi à faire une passe « à l’aveugle », sur la base d’informations sonores. Une foule d’indices échappe donc au sportif sourd et le malentendant pourra avoir du mal à discerner les sons signifiants du bruit ambiant. Ce handicap peut cependant être partiellement compensé par des stratégies visuelles. Au rugby par exemple, les joueurs communiquent beaucoup par combinaisons de signes.

De façon générale et dans tous les sports, le trouble auditif a un impact dans le domaine de la sécurité. Le sportif doit pouvoir entendre une alerte, un camarade de jeu ou un entraîneur lui signalant un danger ou un risque de chute.

Certains sports ne peuvent pas être pratiqués lorsque l’audition est défaillante et nécessitent un contrôle médical. C’est le cas des sports aériens, comme le vol à vue. Lors de l’examen régulièrement effectué pour valider une licence de pilotage, le médecin vérifie la capacité du patient à entendre et comprendre des consignes et/ou informations émanant de la tour de contrôle ou d’autres aéronefs. En vol, mal entendre ou mal comprendre un avertissement, une clairance (autorisation du contrôle aérien) peut entraîner des accidents graves.

L’examen auditif pour la pratique sportive : le point sur la réglementation [1] :

Surveiller son audition est important pour la pratique sportive, une audition défaillante présentant un facteur de risque pour la santé et la sécurité du sportif, et parfois de ceux qui l’entourent.

D’un point de vue réglementaire, de nombreux sports nécessitent de produire « un certificat médical datant de moins d’un an établissant l’absence de contre-indication à la pratique de la discipline concernée ». Dans certaines pratiques (par exemple, l’aéronautique de loisir ou professionnelle), cette obligation permet l’obtention d’une licence à renouveler régulièrement [1] permettant la pratique du sport, ou la participation à des compétitions.

Parmi ces disciplines, certaines nécessitent une évaluation approfondie de l’audition voire de l’équilibre :

  • Pour la pratique de la plongée, un examen ORL est indispensable afin d’évaluer l’audition, l’équilibre, la possibilité qu’a le sportif d’équilibrer les pressions via les trompes d’Eustache.
  • Pour les disciplines comportant l’utilisation d’armes à feu ou à air comprimé (tir, chasse…), l’acuité auditive doit être évaluée et l’oreille examinée car le tireur doit pouvoir analyser à tout moment son environnement ne serait-ce que pour des raisons de sécurité.
  • Pour les sports aéronautiques, un examen ORL complet est aussi obligatoire.

Pour ces disciplines, classées « à haut risque médical » et « à contrainte particulière », le renouvellement de la licence est soumis à la production d’un nouveau certificat. Il est alors nécessaire de consulter un médecin spécialiste agréé le cas échéant afin de réaliser ces examens spécifiques.

La pratique de certains sports ne nécessite pas forcément d’examen auditif. Le certificat médical de non contre-indication peut alors être délivré par tout médecin sur la base d’un examen clinique « habituel », sans recours à un spécialiste.

 

Sport et oreille interne : les clefs de l’équilibre

Comprendre le rôle de l’oreille dans la performance sportive pour en faire son alliée

Source : http://le-son-et-vous.e-monsite.com/pages/anatomie-et-physiologie-de-l-oreille.html

Les fonctions auditives et de l’équilibre de l’oreille sont situées dans l’oreille interne. Schématiquement, celle-ci comporte deux grandes « parties » : l’une dédiée à l’audition (la cochlée), l’autre à l’équilibre, à la perception du corps dans l’espace (le vestibule et ses canaux semi-circulaires).

Le cerveau traite simultanément les informations émanant des différents capteurs disséminés à travers l’organisme : lorsqu’un sportif court, ses yeux voient le paysage défiler, ses muscles et ses articulations perçoivent le mouvement, tandis que les vestibules ressentent les accélérations et la position de sa tête. Les différentes informations sont envoyées au cerveau.

Ce dernier, tel un chef d’orchestre, analyse simultanément ces messages pour percevoir son environnement et envoyer de nouveaux ordres vers la périphérie.

Le plus souvent, ces informations sont harmonieuses et complémentaires. Parfois, elles sont dissonantes et génèrent des troubles de l’équilibre et de la posture, ou même des accidents. L’exemple le plus classique est la cinétose ou mal des transports. Connue de tous et subie par beaucoup, c’est la réaction de l’organisme lorsque les informations transmises par les yeux, les vestibules et les récepteurs musculaires (proprioception) comportent des contradictions dans l’analyse qu’en fait le cerveau. Dans une voiture, le corps nous indique que un certain mouvement qui n’est pas forcément confirmé par nos yeux lorsque nous ne pouvons suivre l’horizon. A l’inverse, sur un bateau notre corps et nos vestibules ressentent le tangage mais nos yeux voient un horizon stable. Le conflit entre toutes ces informations entraîne un état de mal-être, des nausées… C’est le mal des transports, le mal de mer. En montagne, le « mal de ski » survient par temps de brouillard, de jour blanc, lorsqu’il est difficile de distinguer la piste du ciel. La myopie ou l’astigmatisme peuvent aggraver ce trouble, tout comme les variations de pression atmosphérique dans l’oreille interne lors du passage rapide d’une altitude élevée à une altitude basse.

La divergence des perceptions à une cadence rapide ou persistante peut aller jusqu’à provoquer des illusions sensorielles,  qu’elles soient optiques, auditives ou tactiles. Les conflits visiovestibulaires, à l’origine de certaines de ces illusions, se retrouvent dans les disciplines où le corps est soumis à une rotation dans différents plans de l’espace : le trampoline, le trapèze, la gymnastique, le saut, le ski acrobatique. Le risque est alors celui d’une chute due à une rupture de l’équilibre. En aéronautique, les enquêtes officielles ont démontré que ces illusions sensorielles ont été à l’origine de plusieurs crashes aériens.

Ces exemples montrent l’importance de la synthèse des informations sensorielles réalisée par le cerveau, ainsi que la nécessité, difficile, de s’abstraire des sensations issues de l’un ou l’autre des capteurs s’il vient à être défaillant. Ceci passe par la connaissance des symptômes provoqués par une défaillance lorsque des tests permettent de la reproduire artificiellement, mais aussi par la rééducation si la défaillance est installée.

L’entraînement, un moyen d’harmoniser les différents capteurs

Un entraînement sportif régulier permet d’apprendre à maîtriser les illusions nées du conflit entre les afférences visuelles, vestibulaires et proprioceptives, et ainsi de renforcer le sens de l’équilibre. La rééducation vestibulaire dispensée par des kinésithérapeutes spécialisés dans les troubles de l’équilibre, se fonde sur la plasticité cérébrale, c’est-à-dire la capacité pour le cerveau à établir de nouvelles connexions. L’un des principes de la rééducation consiste à priver le patient de certains de ses repères en utilisant des informations discordantes, tant sur le plan visuel que proprioceptif et vestibulaire, afin d’améliorer ses capacités à capter les bons signaux et d’entraîner les différents capteurs de façon spécifique. Plusieurs méthodes existent : le fauteuil rotatoire qui consiste à faire tourner le fauteuil à grande vitesse vers la droite ou la gauche puis à l’arrêter brutalement. Le patient doit ensuite fixer un point devant lui et indiquer à quel moment ce point devient fixe ; la stimulation optocinétique fait défiler des points lumineux devant le patient debout qui doit garder son équilibre ; la stimulation proprioceptive permet au patient placé sur un tapis mou ou des plans instables d’apprendre à conserver son équilibre. Des systèmes plus sophistiqués associent un plan mobile, un horizon artificiel et différents équipements reliés à un ordinateur permettant de déterminer chez un sujet donné les capteurs dominants dans différents situations et de stimuler les autres, afin d’obtenir les meilleures performances lorsqu’ils sont stimulés simultanément.

Ces mêmes exercices sont déclinés dans le sport et dans le domaine aérospatial, où les astronautes sont entraînés comme des athlètes, en centrant l’entraînement sur le travail en impesanteur : dans ce contexte, les capteurs proprioceptifs (articulations) sont peu sollicités et l’essentiel des stimulations permettant de s’orienter et de se déplacer provient des capteurs visuels et vestibulaires.

Le sport, bénéfique ou dangereux pour l’audition et l’équilibre ?

Des bienfaits réels

Diverses études [2] [3] suggèrent que le sport serait bénéfique pour les deux fonctions clefs de l’oreille, audition et équilibre, en apportant notamment une meilleure oxygénation de la cochlée et du vestibule, garantissant une bonne transmission puis transformation d’une onde mécanique (le son) en un signal compréhensible par le cerveau (signal électrique et neurotransmission), essentiel à l’interprétation de notre environnement sonore.

Une pratique sportive régulière permettrait d’être mieux protégé face aux infections fréquentes de la sphère ORL (otites, rhinites, pharyngites, laryngites…) grâce à la stimulation du système immunitaire qu’elle engendre [4].

Des risques pouvant altérer gravement le fonctionnement de l’oreille.

Les otites à répétition, en lien avec les sports d’eau — en particulier la natation, le surf —peuvent à terme provoquer des dégradations du tympan et de l’oreille moyenne. Le port de bouchons adaptés protège efficacement l’oreille chez les plus exposés.

Les barotraumatismes résultent d’une différence trop forte et/ou trop rapide de pression entre les cavités de l’organisme et l’extérieur.

Les barotraumatismes et à un degré plus grave, les accidents de décompression, peuvent engendrer des lésions sévères de l’oreille moyenne et/ou de l’oreille interne, susceptibles d’affecter aussi bien l’audition que l’équilibre. Ces situations nécessitent parfois une prise en charge en urgence. La plongée est bien-sûr l’activité la plus concernée et la plus étudiée, les pathologies de la sphère ORL représentant environ 60 % de l’ensemble des troubles rencontrés dans cette discipline [4]. Mais les barotraumatismes surviennent dans d’autres activités sportives, en particulier le parachutisme ou l’aviation, notamment lors d’un piqué, ou descente rapide à la verticale.

Le bruit, comme la musique (trop) amplifiée, les coups de feu ou encore l’ambiance sonore d’une salle de sport (par exemple le bruit des tapis de course, des différentes machines), représente aussi un danger pour l’audition du sportif. Les bruits impulsionnels (tir, chasse…) sont particulièrement nocifs, imposant le port de protections spécifiques ménageant audition et sécurité.

Les chutes et commotions en arts martiaux, ski, équitation, vélo…, peuvent entraîner des traumatismes crâniens et affecter audition et/ou équilibre, parfois de façon irréversible. D’où l’importance, là-encore, des protections adaptées (casque, bombe…).

 

Les bons équipements pour les oreilles du sportif

Les équipementiers proposent  des dispositifs pour protéger ces équipements de l’humidité et de l’oxydation : appareils étanches, traitement anticorrosion… La plupart des appareils répondent à la norme IP67 (résistance totale à la poussière et partielle à l’eau). Quelques rares modèles disposent de la norme IP68, qui confère une résistance à l’immersion (une heure à un mètre de profondeur). L’audioprothésiste pourra orienter le choix vers les différentes protections possibles, en fonction des activités sportives concernées. Ces protections peuvent être passives ou actives, standard ou sur mesure, mieux adaptées au sport en question, à la transpiration, au mouvement. Il peut être nécessaire d’amplifier certains sons ou d’en couvrir d’autres, tout en n’isolant pas totalement le sportif de son environnement lorsque la sécurité l’exige. La mise en œuvre de ces protections se fera au mieux en collaboration avec l’ORL du sportif. S’agissant de disposifs amplifiant les sons, cette collaboration est obligatoire.

[1] Code du Sport Art. L231-2-3, Art. D231-1-5, Art. A231-1 https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000042656303/

[2] A.Z. Burzynska, L. Chaddock-Heyman, M.W. Voss, C.N. Wong, N.P. Gothe, E.A. Olson, et al. (2014) Physical Activity and Cardiorespiratory Fitness Are Beneficial for White Matter in Low-Fit Older Adults.

[3] H. Glick, AuD, PhD, and A. Sharma, PhD. (2021). The Brain on Hearing Aids: Can Treatment with Hearing Aids Improve Neurocognitive Function in Age-Related Hearing Loss?

[4] M. Ballester*, Ch. Vergnes**(2013). ORL et plongée sous marine : un loisir non dénué de risques. *Centre Hospitalier Intercommunal, Villeneuve-Saint-Georges, **Centre médical de la Marine, Paris

Bibliographie

  1. Ballester, R. Häusler. Le mal de ski – Ski sickness. Sciences & Sports, 2001. Clinique d’oto-rhino-laryngologie et de chirurgie cervico-faciale, Inselspital, université de Berne, CH-3010 Berne, Suisse.
  2. Ballester. Rev Laryngol Otol Rhinol, 130,3:205-207, 2009. « L’ORL en opérations… Etude de la fonction Vestibulaire ».
  3. Ballester, Rev Laryngol Otol Rhinol, 123 (3) : 203-4, 2002. « Un rendez-vous entre cochlée et rétine… ».
  4. Lopez, M. Lacour, M. Ballester, JL Anton, B. Nazarian, M. Roth, L. Borel. In: Rougier P. and Lacour M. (Eds.). in De Marey à nos jours: un siècle de recherches sur la posture et le mouvement. Solal, Marseille, p. 97-113, 2006. « Les zones corticales impliquées dans la perception de la verticale ».
  1. Ballester. Le Journal faxé de l’ORL, avril 2009, « Gestion du bruit en aéronautique (1ère

partie) ».

  1. Ballester. Le Journal faxé de l’ORL, juin 2008, « Gestion du bruit en aéronautique : actions

de prévention (1 et 2) ».

  1. Ballester. Sport & Audio n°7, septembre 2007, « Le bruit au quotidien ».
  2. Ballester. Le Journal faxé de l’ORL, juin 2007, « Accidents de plongée et oreille moyenne ».
  3. Ballester. Le Journal faxé de l’ORL, septembre 2006, « Les pilotes d’hélicoptère perdraient-ils l’équilibre ? »
  4. Ballester. Revue Officielle de la Société Française d’ORL et de Chirurgie Cervico-faciale, février 2003, « Activités sportives de loisirs et ORL ».
  5. Ballester. La Lettre d’Oto-Rhino-Laryngologie et de Chirurgie Cervico-Faciale, n° 275, septembre 2002, « Dossier : ORL & Sport ». https://www.edimark.fr/Front/frontpost/getfiles/5566.pdf
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