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Apnées du sommeil, les yeux pas épargnés

Qui dit apnées du sommeil pense d’abord aux possibles complications cardiovasculaires (hypertension artérielle, maladie coronarienne, insuffisance cardiaque, accident vasculaire cérébral…). Mais de plus en plus d’études sèment le doute : les apnées du sommeil pourraient aussi avoir des répercussions sur les yeux. Les explications du Dr Ségolène Roemer, spécialiste en ophtalmologie et chirurgie ophtalmologique.

Femme qui dort

Qu’est-ce que le syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS) ?

Dr Ségolène Roemer : Des interruptions (apnées) ou des réductions (hypopnées) répétées et incontrôlées de la respiration pendant le sommeil, provoquant des micro-réveils dont le principal intéressé n’a pas conscience. On distingue deux types d’apnées : les apnées centrales, causées par un problème de contrôle de la respiration au niveau du système nerveux central. Beaucoup plus fréquentes, les apnées obstructives sont liées au fait que, pour des raisons anatomiques, l’air n’arrive plus à bien passer dans les voies aériennes supérieures. Quelle que soit leur origine, ces baisses respiratoires entraînent une baisse d’oxygénation du sang. Le surpoids, l’âge ou certaines particularités anatomiques, comme des mâchoires trop étroites, sont des facteurs favorisants. Tout comme parfois les traitements orthodontiques, quand ils modifient le positionnement de la mâchoire.

Les apnées du sommeil ont été associées dans plusieurs études à des complications ophtalmologiques. Qu’est-ce qui peut expliquer ces atteintes ?

Dr S. R. : Les mécanismes sont encore mal compris, et l’objet de beaucoup de débats. Ce qui est sûr, c’est que cela implique un phénomène d’hypoperfusion, une diminution du débit sanguin. Autrement dit, les apnées pourraient causer des dommages aux vaisseaux sanguins, y compris ceux de l’œil. Or, ces vaisseaux permettent d’apporter nutriments et oxygène aux différentes structures de l’œil, ils ont donc une importance capitale.

« Les personnes souffrant d’apnées du sommeil ont un risque plus élevé d’être atteints d’un glaucome. »

Des études établissent un lien entre apnées du sommeil et glaucome. Que sait-on aujourd’hui à ce sujet ?

Dr S. R. : En effet, des hypothèses ont été émises. Il semble que les personnes souffrant d’apnées du sommeil ont un risque plus élevé d’être atteints d’un glaucome, même si rien n’a encore été prouvé pour l’instant. Non traité, le glaucome abîme peu à peu les fibres du nerf optique, et le champ visuel se réduit inéluctablement. Cette pathologie doit d’ailleurs être dépistée rapidement pour ne pas perdre la vue de manière irréversible. La cause est un excès de tension dans l’œil. Pendant les pauses respiratoires liées aux apnées du sommeil, les vaisseaux sanguins de l’œil ne « nourrissent » plus le nerf optique, ce qui pourrait jouer un rôle dans l’aggravation de la maladie. Mais des études supplémentaires sont nécessaires pour prouver formellement le lien entre apnées et glaucome.

Quelles autres pathologies oculaires ont-elles été associées aux apnées du sommeil ?

Dr S. R. : Les occlusions veineuses de la rétine, les neuropathies optiques ischémiques (1) antérieures aiguës non artéritiques ou les œdèmes maculaires diabétiques (2) ont notamment été cités dans des études comme pouvant être aggravés par des apnées du sommeil. Là encore, il manque des études plus poussées, pour confirmer ou infirmer ces hypothèses. Il faut voir les choses de manière plus générale. Les apnées sont un des facteurs pouvant entraîner des complications oculaires. Mais ce n’est pas le seul facteur ! En revanche, il y a des pathologies oculaires pour lesquelles le lien avec les apnées laisse moins de place au doute. C’est le cas par exemple des troubles de la surface oculaire (sécheresse, irritations chroniques, yeux rouges et larmoyants…). L’explication, c’est que le manque de sommeil chronique induit par les apnées libère des cytokines pro-inflammatoires, des molécules protéiques qui assurent les communications entre cellules. Quant au kératocône , si certains ont vu dans les apnées du sommeil un facteur aggravant, il n’en est rien. Cette déformation de la cornée touche plutôt des patients jeunes qui se frottent trop fort, ou trop souvent, les yeux.

« Il existe des signaux d’alerte. Le plus flagrant, c’est l’état inflammatoire chronique des paupières. » 

Quand un ophtalmologue reçoit un patient, quand doit-il lui proposer de se faire dépister pour une apnée du sommeil ?

Dr S. R. : Il existe des signaux d’alerte. Le plus flagrant, c’est l’état inflammatoire chronique des paupières. Il s’agit de marqueurs inflammatoires dans les tissus de la paupière et autour de l’œil, une hyperlaxité des paupières. Cela s’accompagne aussi parfois de poches sous les yeux. Cela porte un nom : le floppy eyelid syndrome (FES), un relâchement anormal des paupières supérieures qui s’accompagne souvent d’une sècheresse oculaire. Les autres signes qui peuvent mettre sur la piste d’une apnée, c’est une mâchoire plutôt basculée vers l’arrière, une fatigue importante, des difficultés à rester éveillé la journée et des ronflements. Contrairement aux idées reçues, les hommes ne sont les seuls à être concernés. Les femmes sont nombreuses à souffrir d’apnées. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’avec certaines maladies oculaires, il n’est pas possible de revenir en arrière. Ce qui a été perdu de la vision l’est pour toujours. D’où l’importance de dépister rapidement une apnée du sommeil, en cas de doute, pour éviter qu’elle n’aggrave une pathologie oculaire. Pour poser le diagnostic, il faut faire une polysomnographie, un enregistrement du sommeil qui se réalise le plus souvent à l’hôpital.

Le traitement par pression positive continue (PPC) est-il le meilleur moyen d’éviter ces complications ?

Dr S. R. : Pas forcément ! Avant d’éventuellement faire appel à la PPC, ce masque posé sur le nez, qui va souffler de l’air pour dégager les voies respiratoires, il y a des mesures plus légères, comme le fait de perdre quelques kilos. Une réduction de 10 à 15% de son poids initial permet souvent de diminuer sensiblement la sévérité des apnées. L’autre traitement, c’est l’orthèse d’avancée mandibulaire, à porter pendant le sommeil. Elle permet de maintenir la mâchoire légèrement en avant, pour faciliter le passage de l’air dans les voies aériennes supérieures.

 

(1) La neuropathie optique ischémique antérieure aiguë non artéritique est une baisse visuelle aiguë, unilatérale et non douloureuse, pouvant progresser sur quelques jours, et touchant surtout les personnes âgées.
(2) L’œdème maculaire diabétique est une augmentation du volume de la macula, zone située au centre de la rétine, ce qui entraîne une dégradation de la vue.

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