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La cataracte, la chirurgie la plus pratiquée en France

Elle a longtemps privé de la vue, partiellement ou totalement, une proportion importante des plus de 70 ans. La cataracte s’opère aujourd’hui très bien. À tel point que c’est devenu l’opération la plus pratiquée dans l’Hexagone. Chef du pôle ophtalmologie du CHU de Bordeaux, le Pr Cédric Schweitzer fait les présentations.

vieillissement de l'oeil

Quelles sont les causes de la cataracte ?

Pr Cédric Schweitzer : Le plus souvent, cette opacification du cristallin est due au vieillissement naturel de l’œil. Au-delà de l’âge, la cataracte peut être d’origine génétique. Elle peut aussi être liée au diabète, qui entraîne une dégénérescence accélérée du cristallin. Enfin, des facteurs environnementaux, comme l’exposition aux ultraviolets, le tabac, la prise de corticoïdes au long cours, ou une alimentation pauvre en vitamines et antioxydants peuvent accélérer le vieillissement du cristallin. Chez l’enfant, il peut y avoir des causes infectieuses ou malformatives.

Quels sont les signes pouvant indiquer l’installation d’une cataracte ?

Pr C. S. : Le cristallin, c’est cette lentille transparente placée derrière l’iris qui fait la mise au point en modifiant sa courbure, et en accommodant, pour avoir une vision nette, de loin comme de près. Quand il s’opacifie, cela entraîne une baisse d’acuité visuelle, essentiellement de loin. Il peut aussi y avoir un halo (un cercle de lumière) perçu autour de lumières vives comme les phares de voiture, une sensation d’éblouissement, une vision voilée, un jaunissement des couleurs, et/ou une vision double d’un seul œil (diplopie).

Quand faut-il opérer ?

Pr C. S. : La cataracte entraîne une baisse progressive de la vision. Lorsque la correction par des lunettes n’arrive plus à corriger la gêne visuelle, il est alors préférable d’opérer, pour retrouver une bonne qualité de vie. L’objectif de la chirurgie est de remplacer le cristallin opacifié par une lentille artificielle, que le patient gardera toute sa vie.

« La panoplie des implants disponibles étant importante, une discussion avec l’ophtalmologiste permet de faire le meilleur choix pour chaque patient. »

Il existe différents implants intra-oculaires, quelles sont les spécificités de chacun ?

Pr C. S. : Ce qu’il faut déjà savoir, c’est que le cristallin a la formidable capacité de pouvoir changer sa courbure, pour passer de la vision de près à la vision de loin, et inversement. Aujourd’hui, il n’existe pas d’implant artificiel ayant la même capacité. Il faut donc trouver le meilleur compromis, en fonction de chaque patient. Les implants monofocaux, les plus utilisés, donnent une excellente vision de loin (au-delà de 5 mètres). Ils ont un autre atout, ils peuvent aussi corriger la myopie ou l’hypermétropie. Ils nécessitent cependant des lunettes pour corriger la presbytie et voir de près. Les implants toriques, eux, corrigent l’astigmatisme, et sont adaptés aux patients ayant une déformation de la cornée. Quant aux implants multifocaux, ils permettent une pseudo accommodation. Autrement dit, ils corrigent la vision à plusieurs distances (de loin, intermédiaire et de près). Ils ont néanmoins un inconvénient : ils peuvent provoquer des halos visuels la nuit. Pour choisir l’un ou l’autre de ces implants, il faut prendre en compte la morphologie de l’œil du patient, et comprendre ses besoins, ses priorités. Les implants à profondeur de champ étendue sont apparus plus récemment. Ils permettent d’avoir un parcours accommodatif, généralement de la vision de loin à la vision intermédiaire, mais avec une meilleure qualité de vision. La panoplie des implants disponibles étant importante, une discussion avec l’ophtalmologiste permet de faire le meilleur choix pour chaque patient.

Schéma d'un oeil

Comment se déroule l’opération ?

Pr C. S. : C’est une chirurgie mini invasive, sous anesthésie locale. Dans la grande majorité des cas, elle a lieu en ambulatoire, c’est-à-dire que le patient arrive le matin, est opéré, et peut sortir le jour même. Son œil est préparé avec quelques gouttes, pour dilater la pupille, soit en amont par l’infirmier, soit en début d’intervention par le chirurgien. L’intervention ne dure qu’une trentaine de minutes. Le patient doit simplement regarder droit devant lui. Le chirurgien pratique une petite incision de 2mm. Le sac contenant le cristallin est ouvert, pour fragmenter et retirer le cristallin à l’aide d’une sonde à ultrasons. L’implant est ensuite inséré dans l’œil. Ces implants sont constitués de biomatériaux extrêmement bien tolérés. Un antibiotique est injecté dans l’œil en fin d’opération pour limiter le risque d’infection, puis l’œil est protégé avec un pansement ou une coque protectrice. Aujourd’hui, lorsque les deux yeux sont atteints, un œil est d’abord opéré, puis le deuxième, une à deux semaine(s) plus tard.

« 80 à 85% des patients retrouvent une acuité visuelle de 10/10e. Preuve de son efficacité et de sa sureté, il y a plus d’un million d’interventions chaque année en France. »

Quelles sont les suites ?

Pr C. S. : Après l’opération, le patient doit être accompagné pour rentrer chez lui, car l’œil peut être larmoyant, ce qui interdit la conduite à ce moment-là. Sa vue s’améliore immédiatement, les résultats visuels sont très bons, dès la première semaine. Il prend ensuite un traitement anti inflammatoire et antibiotique pendant trois semaines. Il y a très peu de complications infectieuses. Le patient doit simplement éviter les poussières et les poils d’animaux, et ne pas se frotter l’œil opéré. Il peut reprendre le travail une à trois semaine(s) plus tard.

Que peut-on en attendre ?

Pr C. S. : L’ensemble des études montrent que 95% des chirurgies sont sans complication, en pré opératoire comme en post opératoire. 80 à 85% des patients retrouvent une acuité visuelle de 10/10e. Preuve de son efficacité et de sa sureté, il y a plus d’un million d’interventions chaque année en France. À tel point qu’il n’y a quasiment plus, dans notre pays, de cécité liée à la cataracte. C’est loin d’être le cas ailleurs dans le monde : la cataracte reste la première cause de cécité dans les pays en voie de développement.

Des évolutions sont-elles attendues pour les années à venir ?

Pr C. S. : L’objectif est de réussir à rétablir une accommodation, comme le fait naturellement le cristallin. Et ce n’est pas la seule innovation attendue. Si actuellement, les ultrasons sont utilisés pour retirer le cristallin, dans un avenir proche, c’est le laser qui pourrait permettre de fragmenter la cataracte.

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