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L’INSEP et l’hôpital Fondation Rothschild, unis pour le meilleur et pour le sport

Le compte à rebours a commencé avant que les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 ne fassent vibrer la planète entière. Les sportifs tricolores se préparent intensément, évidemment. Et pour viser les podiums, chaque détail compte, y compris avoir une vision absolument parfaite. Raison pour laquelle l’Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance a noué un partenariat avec l’hôpital Fondation Rothschild. Vivien Vasseur, coordinateur du centre d’investigation clinique à l’hôpital Fondation Adolphe de Rothschild, nous en parle.

Sprinteur qui lace ses basketsQuelle est la genèse de ce partenariat ?

Vivien Vasseur : A l’Hôpital Fondation Rothschild, nous avons à ce jour réalisé deux études avec des sportifs. La première auprès de participants à l’édition 2019 du marathon de Paris. Nous avions alors constaté que l’activité sportive intense prolongée peut impacter la vascularisation oculaire rétinienne et choroïdienne (membrane vasculaire entre la rétine et la paroi du globe oculaire), au même titre que celle d’autres organes (tels que le cœur, cerveau, rein…). Quant à la deuxième étude, elle a été menée auprès des joueurs professionnels de rugby du Racing 92 (voir plus bas). Ces études nous ont permis de réaliser qu’il y avait trop peu de passerelles entre nos spécialités -la tête et le cou- et le sport de haut niveau, et énormément de questions à explorer. L’une d’entre elles étant « Les athlètes ont-ils les mêmes caractéristiques visuelles que le commun des mortels » ? C’est pour répondre à ces questions, et à bien d’autres, que nous nous sommes rapprochés de l’INSEP. La convention a été signée fin janvier 2022.

L’un des piliers de ce partenariat est axé sur le soin, qu’est-ce que cela signifie ?

V.V. : Les sportifs de l’INSEP ont un accès privilégié aux équipes de la Fondation Rothschild. Et cela peut faire la différence. Une simple conjonctivite, tout à fait anodine pour un patient lambda, peut par exemple être très problématique pour un sportif à l’approche d’une compétition. Attendre des mois pour obtenir un rendez-vous risquerait d’hypothéquer ses chances de victoire. C’est pourquoi nous leur offrons un accès quasi instantané à nos soignants, que ce soit pour un simple contrôle visuel pouvant déboucher sur la prescription de lunettes de correction à la consultation en urgence pour un traumatisme – par exemple une fracture orbitaire pour un boxeur. Nous avons la chance, à la Fondation Rothschild, d’avoir des urgences ophtalmologiques ouvertes 24/24, 7/7 et des équipes médicales hyper spécialisées (rétinologues, chirurgiens de l’orbite, neuro-ophtalmologistes…).

« Le moindre défaut optique peut potentiellement avoir un impact sur la performance. »

Les sportifs de haut niveau ont-ils des besoins ophtalmologiques particuliers ?

V.V. : Oui, car le moindre défaut optique peut potentiellement avoir un impact sur la performance. Un tout petit astigmatisme ne sera la plupart du temps pas corrigé dans la vie courante. A l’inverse, avec un sportif de haut niveau, nous mettrons tout en œuvre pour que la vue soit la plus parfaite possible, optimisant tout ce qui peut l’être. Bien sûr, cela reste de la théorie. Car dans la réalité, certains de nos essais peuvent être non concluants. Des sportifs sont extrêmement performants malgré la présence d’un défaut visuel car ils ont dû développer des stratégies qui une fois bien ancrées et non délétères pour leurs performances sont difficiles à changer. Ainsi, parfois, quand on corrige un défaut optique, le sportif préférera revenir en arrière. Il faut donc rester très humble sur ce qu’on peut leur apporter.

Depuis quelques années, en Amérique du Nord et en Europe, de plus en plus de cabinets spécialisés dans l’entraînement neuro-visuel des athlètes proposent leurs services. Ils promettent de meilleures facultés d’attention périphérique, de précision ou de vitesse de réaction. Qu’en pensez-vous ?

V.V. : Nous restons assez prudents sur le sujet. Ces entraînements ont des limites. Notamment parce qu’il n’est pas évident de reproduire dans le réel ce qui a été appris en virtuel. D’ailleurs, aucune publication scientifique n’a confirmé l’intérêt de ces entraînements sur l’augmentation de la performance. Pour notre part, nous essayons déjà de leur apporter des solutions concrètes, qui ont un bénéfice certain et une application directe. Exemple : le port de lentilles, pour un sportif, peut être contraignant. On a tous déjà vu ces images d’un rugbyman aller replacer sa lentille tombée sur la pelouse, avec les mains sales. L’orthokératologie est par exemple une bonne alternative dans ce cas. Ce sont souvent les solutions les plus simples qui marchent le mieux.

« L’œil est une fenêtre sur notre cerveau. »

Ce programme ambitionne également de développer la recherche clinique et l’innovation. Quels sont les projets en cours ?

V.V. : Nous avons des projets en cours et à venir autour de la commotion . L’œil est une fenêtre sur notre cerveau. Le nerf optique a un gros atout : il peut s’observer facilement in vivo et il est un excellent reflet de l’état neurologique des patients. Dans une publication à venir nous avons établi un lien entre les commotions cérébrales et la perte de fibres nerveuses au niveau de la tête du nerf optique. Grâce à un appareil, l’OCT (tomographie en cohérence optique), nous pouvons juger de cette perte de fibres nerveuses. Cela pourrait donc devenir un très bon biomarqueur, permettant de juger des conséquences d’une commotion cérébrale. Nous allons aussi mener une étude dans la malvoyance. En travaillant avec l’équipe de handi judo de la FFJ, nous avons observé que ces athlètes ont des facilités d’adaptation à leur handicap visuel. Notre hypothèse est que les stratégies mises en place lors des entraînements ainsi que leur répétition ont un impact sur leur comportement visuel.

In fine, le grand public pourra-t-il bénéficier de ces recherches ?

V.V. : Tout à fait, c’est l’objectif. L’OCT est un appareil facile d’accès, qui permet d’étudier le nerf optique en deux minutes. Or, les commotions cérébrales ne touchent pas que les rugbymen professionnels ! Une simple chute à vélo peut entraîner ce type de lésions. Les enfants aussi sont à risque. Quant aux stratégies développées par les handi judokas, elles peuvent aider tous les malvoyants , c’est une certitude.

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