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Acouphènes : un dispositif stimulant l’oreille et la langue pourrait les atténuer

En octobre 2020, une étude a permis de montrer qu’une double stimulation sensorielle pouvait contribuer à diminuer les acouphènes : une amélioration des symptômes a été relevée chez plus des trois quarts des 326 adultes souffrant d’acouphènes testés dans le cadre de l’étude. Un outil de plus dans l’arsenal contre ce trouble auditif, mais qui ne doit pas faire oublier que des résultats similaires sont déjà obtenus avec d’autres traitements.

Acouphènes_traitement ©Lenire

©Lenire

Environ 10% de la population est perturbée par des acouphènes [1]. Il s’agit de sons « fantômes » le plus souvent décrits par les personnes atteintes comme des bruits parasites (bourdonnement, sifflements…), aux origines diverses, pouvant persister dans le temps et qui deviennent profondément invalidants dans 1 % des cas [1]. C’est pourquoi la recherche est particulièrement active pour tenter de proposer des solutions pour ce trouble de la voie auditive, qui ne peut pas encore se traiter complètement et contre lequel la meilleure arme reste la prévention.

Une étude récente pourrait redonner de l’espoir aux personnes souffrant d’acouphènes. Cette expérimentation, réalisée entre 2016 et 2019, porte sur un dispositif de neuromodulation bimodale, appliqué à plus de 300 participants. La neuromodulation est une méthode consistant à envoyer des stimuli aux neurones concernés pour influencer leur comportement. Ce dispositif bimodal, testé, fabriqué et déjà commercialisé sous le nom de Lenire® par l’entreprise Neuromod (à l’origine de l’étude publiée), envoie ainsi en simultané un son dans l’oreille du patient et une stimulation électrique sur la langue.

Des effets jusqu’à 12 mois après le traitement

Ce double système comprend des écouteurs reliés en Bluetooth et diffusant des sons conçus sur mesure pour réduire la perception de l’acouphène, ainsi qu’un stimulateur avec 32 électrodes placées sur la langue, induisant une stimulation électrique périphérique indolore. Celle-ci oblige le cerveau à détourner l’attention des oreilles, en déplaçant l’activité des neurones auditifs responsables des acouphènes vers d’autres neurones associés à une activité sensorielle, réduisant également la perception de l’acouphène. Les participants ont été invités à utiliser le dispositif 60 minutes par jour pendant 12 semaines. Résultat, plus de 80 % des patients qui ont suivi le protocole correctement ont ressenti une amélioration de leurs symptômes après les 12 semaines et une amélioration durable pendant 12 mois après le traitement. Plus de 66 % des patients ont affirmé avoir tiré un bénéfice du dispositif en termes d’efficacité, de tolérabilité et d’innocuité, et près de 80 % le recommanderaient à d’autres personnes souffrant d’acouphènes.

Une étude à nuancer

« Il s’agit certes de la plus large et de la plus longue étude clinique de suivi d’un traitement de la sorte appliqué aux acouphènes », explique le Pr Jean-Luc Puel, de l’Institut des neurosciences de Montpellier, spécialiste des acouphènes et qui n’a pas participé à ce travail. « Mais il faut noter que cette étude ne dispose pas de groupe de contrôle : tous les participants recevaient cette double stimulation et le savaient ». Autrement dit, l’’étude n’a pas mesuré l’efficacité du dispositif par rapport à un placebo. Il faut également noter que la stimulation sonore « seule » est une thérapie déjà utilisée en routine dans le traitement des acouphènes. « Récemment, la thérapie comportementale a elle aussi montré de très bons résultats, avec des taux de réussite similaires », module le spécialiste français. Cette psychothérapie vise à diminuer le ressenti des acouphènes, au travers d’une recherche active conduite par le patient et son thérapeute pour comprendre les stimuli qui les favorisent et identifier des comportements favorables à leur atténuation. Reste que tout outil supplémentaire est une bonne nouvelle pour les patients, dans un champ où les pistes de recherche sont multiples (techniques de stimulation électrique ou magnétique cérébrale, développement d’applications, médicaments, thérapie génique…). Tout en gardant en tête que face à la diversité des situations liées à la problématique des acouphènes, il est probable qu’une solution unique de traitement ne pourra pas s’imposer.

 

[1] https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/acouphenes

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