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La thérapie génique au secours des malentendants

La simple mutation d’un gène peut être à l’origine d’une perte d’audition. Les implants cochléaires sont aujourd’hui encore le seul traitement possible pour ces patients. Mais à en croire une nouvelle étude de chercheurs américains, cela pourrait bientôt changer…

thérapie géniqueDe toutes les pertes auditives, celles liées à une mutation génétique sont souvent les plus difficiles à traiter. Prévenir, ou inverser, ces mutations génétiques reste -pour l’heure- une utopie. Pour ces patients, les implants cochléaires sont la seule et unique possibilité de traitement. Cela leur permet certes d’entendre, mais la qualité des sons reste perfectible. Des chercheurs du Massachusetts Eye and Ear (Etats-Unis) l’affirment dans une étude publiée dans la revue Molecular Therapy le 26 mai 2023 : combiner ces implants avec une thérapie génique donnerait de bien meilleurs résultats. L’enjeu est de taille. Les chercheurs rappellent dans leur étude que les troubles auditifs d’origine génétique touchent 1 nouveau-né sur 500. Et que mal percevoir les sons isole, et peut même accélérer le déclin cognitif.

Injecter le bon gène, pour inverser la surdité

Ces dernières années, plus d’une centaine de gènes impliqués dans les surdités ont été découverts. C’est une véritable révolution, car cela va permettre de développer des thérapies pour corriger ces gènes défectueux. Les chercheurs américains ont travaillé avec des modèles murins de surdité humaine, autrement dit, des souris présentant une mutation équivalente à celle du gène humain TMPRSS3. Les mutations de ce gène entraînent une perte progressive de l’audition. Ils ont ensuite injecté le gène sain aux rongeurs sourds. Une seule injection a suffi. Comment ? Grâce à des virus adéno-associés (AAV). Ces AAV sont un nouvel outil dont les chercheurs sont nombreux à vanter les mérites, d’une part parce qu’ils sont très utiles, d’autre part car ils ne semblent absolument pas toxiques pour l’oreille. Ils servent en quelque sorte de « transporteur », permettant d’amener jusqu’aux cellules cibles, directement dans l’oreille interne, un gène TMPRSS3 sain. Dans l’oreille interne, se trouve la cochlée, qui héberge 15 000 cellules ciliées (pour les deux oreilles). Ce sont ces cellules ciliées qui reçoivent les signaux sonores, et les convertissent en signaux électriques.

Agir, même tardivement

De précédents travaux, menés notamment par des chercheurs de l’Inserm, montraient que si la thérapie génique basée sur les AAV était prometteuse pour le traitement des surdités, son application était limitée par une fenêtre thérapeutique potentiellement courte. Car chez l’humain, le développement de l’oreille se termine dans le ventre de la mère, et l’audition démarre à environ 20 semaines de gestation. Jusqu’à présent, tous les essais de thérapie génique ont été menés chez des animaux nouveau-nés, et jamais chez des adultes. Il fallait donc réussir à prouver qu’une thérapie génique pouvait être efficace quand la perte auditive était déjà bien installée, longtemps après la naissance. C’est là tout l’intérêt de cette nouvelle étude.

S’il n’y a quasiment pas eu de différence après les injections chez les animaux les plus jeunes, les résultats ont été bien plus prometteurs chez les souris plus âgées, la moyenne d’âge de ces dernières étant 18 mois et demi. La perte d’audition chez elles a en effet été en partie inversée, puisqu’elles ont pu entendre presque normalement après le traitement. « Nos résultats suggèrent qu’une thérapie génique à médiation virale, seule ou en combinaison avec un implant cochléaire, pourrait potentiellement traiter la perte auditive génétique », s’est réjoui le Dr Zheng Yi Chen, l’un des auteurs de l’étude, dans un communiqué de presse. « Il s’agissait également de la première étude qui a sauvé l’audition chez des souris vieillissantes, ce qui indique la faisabilité de traiter les patients atteints d’une surdité DFNB8, même à un âge avancé. L’étude prouve également la faisabilité d’autres thérapies géniques à destination d’une population âgée. »

Il reste encore quelques obstacles à franchir, dont bien évidemment des essais cliniques sur les humains, avant que cette thérapie puisse un jour être mise sur le marché.

La future révolution des implants cochléaires ?

En parallèle, des chercheurs, notamment en France et en Allemagne, travaillent pour améliorer la qualité des implants cochléaires. Les modèles présents aujourd’hui sur le marché reposent sur une stimulation électrique de la cochlée. C’est d’ailleurs pourquoi l’écoute de la musique ou une conversation dans un environnement très bruyant restent compliquées pour un patient implanté. Certains chercheurs ont réussi à rendre sensibles à la lumière les cellules nerveuses de la cochlée, en introduisant un gène codant pour une protéine activée par la lumière. L’implant peut alors transformer les vibrations sonores en signaux lumineux, et cette lumière stimule le nerf auditif ou les cellules sensorielles. Les études sur l’animal sont prometteuses. Si les essais sur les humains étaient aussi concluants, ces implants pourraient arriver sur le marché d’ici quelques années. Combinés à la thérapie génique, ils pourraient véritablement changer la vie des personnes malentendantes.

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