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L’IA, plus forte que les médecins ?

Elle fascine autant qu’elle fait peur. L’Intelligence artificielle (IA) promet monts et merveilles dans le domaine de la santé. Qu’en est-il réellement ? Réponse avec Jean Charlet, chercheur à l’AP-HP et au Laboratoire d’informatique médicale et ingénierie des connaissances pour la e-santé (LIMICS).

IA en santéComment expliquer que chercheurs et médecins -entre autres- ne parlent que d’IA depuis quelques années ? Il semblerait que la réponse à cette question se cache dans l’accumulation de quantités considérables de données de santé. C’est ce qui permet aujourd’hui le « deep learning », ou apprentissage profond. Autrement dit, la machine peut apprendre à partir de centaines de milliers d’images. L’Homme lui explique ce qui est normal, et ce qui est pathologique sur ces clichés. L’algorithme apprend ainsi, et apprend aussi de ses erreurs, pour ne plus jamais les répéter, et s’améliorer jour après jour. Une fois cette phase d’apprentissage terminée, elle devient très efficace pour poser un diagnostic, repérant facilement l’anomalie.

La machine a un autre avantage : contrairement à l’homme, elle n’est jamais fatiguée, et peut enchaîner des tâches extrêmement répétitives sans la moindre lassitude. C’est ce qui explique qu’elle soit de plus en plus utilisée pour interpréter des images, et donner des diagnostics toujours plus justes. « Nous n’en sommes encore qu’au début », tempère Jean Charlet. « Il faut que tous les projets en cours passent de la preuve de concept à la réalité. » Seuls quelques-uns de ces outils sont aujourd’hui utilisés dans les hôpitaux. Mais de nombreux autres attendent à la porte… et ne devraient pas tarder à la pousser.

L’IA au service des diabétiques

La rétinopathie diabétique est une grave complication du diabète, qui touche 50% des diabétiques de type 2 selon la Fédération française des diabétiques. Elle peut entraîner la perte de la vue. La bonne nouvelle ? C’est une des premières maladies à avoir eu droit à sa propre IA. Le nom de ce logiciel pas comme les autres : IDx-DR. Il a reçu, en 2018 déjà, une autorisation de mise sur le marché de la Food and Drug Administration (FDA) aux Etats-Unis. Cet outil peut détecter la maladie à un stade précoce, simplement en se basant sur la photo d’un fond d’œil d’une personne diabétique. Lors des essais cliniques, il avait donné le bon diagnostic dans neuf cas sur dix.

Autre innovation, EyeLib, conçue par une startup suisse, est une « plateforme intelligente de diagnostic ophtalmique ». Concrètement, elle permet de réaliser en moins de 6 minutes, 100 mesures différentes de l’œil, et de donner une vingtaine de diagnostics (cataracte, myopie, glaucome…). Son « cousin » auditif se nomme I-Nside Pro. Cette application, couplée à un endoscope qui peut être vissé sur un smartphone, permet de visualiser le tympan. L’application analyse ensuite les images et peut donner un diagnostic.

Des traitements plus personnalisés

« Mieux on connaît le profil du patient, mieux on peut le soigner, en lui donnant un traitement personnalisé », rappelle Jean Charlet. Ça, c’est une chose sur laquelle l’IA ne cesse de s’améliorer. C’est le cas notamment pour le traitement des cancers, où l’IA détermine une « carte d’identité » de la tumeur du patient, ce qui permet ensuite de mieux combattre cette dernière. En parallèle, l’IA pourrait aussi permettre de tester de nombreuses molécules, pour gagner du temps dans la fabrication de nouveaux médicaments.

Des hommes, des robots et des objets connectés

Depuis quelques années, les robots intégrant de l’IA font leur apparition dans les blocs opératoires. Ce sont les bras du chirurgien. Ils permettent d’améliorer la précision des gestes. Bien sûr, il existe un autre domaine qui a été un des premiers à prendre le virage de l’IA : celui des objets connectés. Exemple parmi tant d’autres, OrCam My Eye, un dispositif à clipser sur des lunettes pour lire le texte d’un livre ou d’un smartphone, reconnaître des visages, aider son porteur à faire ses courses… Les informations visuelles sont transmises oralement, en temps réel. Une aide précieuse pour les personnes malvoyantes. Certaines lunettes, assistées par l’IA, peuvent, sur demande du porteur, lancer une musique, un podcast, voir la météo ou vérifier qu’on a bien éteint la lumière ou fermé la porte de sa « smart home ».

Les aides auditives, elles aussi, intègrent de plus en plus de l’intelligence artificielle, pour apprendre des préférences de l’utilisateur et s’adapter à ce dernier. Certaines peuvent traduire les conversations en de nombreuses langues, d’autres détectent les chutes, toutes ou presque optimisent la qualité sonore en fonction de l’environnement, qu’elles analysent en continu.

Un futur riche en possibilités

À écouter les chercheurs et les fabricants, les possibilités de l’IA dans le domaine de la santé sont infinies. On peut imaginer, par exemple, des lunettes prenant des photos, et une IA intégrée réalisant des diagnostics en se basant sur ces photos. Les aides auditives, elles, pourraient aller encore plus loin, notamment en diminuant automatiquement le volume des bruits gênants (travaux, moto…).

Une enquête du Healthcare Data Institute révélait fin novembre 2023 que plus de 4 médecins sur 10 utilisent régulièrement (entre une fois par jour et une fois par mois) des outils d’IA dans leur vie professionnelle et personnelle. Cette prévalence ne va cesser d’augmenter dans les prochaines années, sans aucun doute. Mais selon la plupart des experts, pas d’inquiétude à avoir sur le fait que les machines prennent le contrôle.

« Les médecins un jour remplacés par des machines dotées d’une conscience propre, je n’y crois pas du tout », insiste Jean Charlet. « Ces algorithmes aideront les médecins à mieux décider, mais l’Homme aura toujours le dernier mot. A condition, bien sûr, de ne pas laisser la main volontairement à des algorithmes. Ça, ce serait un problème, assurément ! » Aujourd’hui et pour encore très longtemps, les machines ne feront rien sans qu’un homme ne leur en donne l’ordre selon Jean Charlet et la majorité des experts. Mais elles seront d’excellentes assistantes, ce qui est déjà très bien.

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