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Accueillir les personnes avec un handicap sensoriel dans les lieux de culture

S’installer dans une salle de cinéma, assister à une représentation théâtrale, visiter une exposition de photographie, s’émouvoir devant des tableaux de maître… Cela est désormais possible pour tous. Différents dispositifs rendent accessible la culture à un public présentant une déficience auditive ou visuelle.

Accueillir les personnes avec un handicap sensoriel dans les lieux de culture

Crédit image : UNSPLASH

Donner accès aux sorties culturelles – musées, cinémas, spectacles vivants – est une démarche qui s’inscrit dans le cahier des charges de la loi de 2005 pour l’égalité des droits et des chances des personnes en situation de handicap. C’est également une démarche inclusive pour les 10 millions de personnes sourdes ou malentendantes, dont 360 000 déficients auditifs profonds, et les 1,7 million de personnes malvoyantes, dont plus de 200 000 sont aveugles¹,².

Il existe des spectacles ou événements culturels naturellement accessibles. «Pour les personnes sourdes, c’est par exemple le cirque sans parole ni musique ou même de la danse quand la musique ne joue pas un rôle prépondérant pour la compréhension du spectacle » indique Sandrine Gadrat de la compagnie « Les Singuliers Associés ». Cette compagnie déploie le dispositif Dans Tous Les Sens, qui recense tous les spectacles « naturellement » accessibles ou adaptés, en Nouvelle-Aquitaine.

Mettre un “œil dans l’oreille”

Concernant les spectacles adaptés pour les personnes en situation de handicap, il existe deux grands dispositifs : l’audiodescription et le sous-titrage.

« Le travail d’audiodescription est un travail d’écriture, de restitution d’un choix de mise en scène, de réalisation et d’une émotion de cinéma » explique Sandrine Dias, autrice d’audiodescription, qui collabore avec l’association Ciné-Sens pour sensibiliser les étudiants et professionnels du cinéma à l’accessibilité des films à ce public particulier. Certaines salles de cinéma affichent cette volonté et s’équipent en conséquence de casques spécifiques d’audiodescription par exemple. « Il y a un cadre légal : la loi de 2005, mais aussi l’obligation pour les producteurs et distributeurs de longs-métrages français ou étrangers doublés de fournir des versions adaptées aux déficits sensoriels. Mais cela ne suffit pas, l’accessibilité à un public avec un déficit visuel ou auditif demande encore un engagement des salles, y compris financier » poursuit-elle.
Avec les Souffleurs d’Images, c’est le public qui fait la demande d’un accompagnement. Un souffleur, étudiant en art ou artiste, décrit et souffle à l’oreille du spectateur aveugle ou malvoyant, les éléments qui lui sont invisibles le temps d’un spectacle ou d’une exposition. « Nous avons une convention avec 200 lieux culturels. La personne malvoyante précise à la réservation qu’elle sera accompagnée d’un bénévole que nous identifions pour elle » présente Catherine Mangin. Le souffleur entre en contact avec le spectateur pour préciser la demande et les envies. « La préparation est minimale, l’idée est que le binôme découvre en même temps le spectacle ou l’exposition pour que le souffleur ne donne pas son interprétation » explique la responsable de ce service original de médiation culturelle, à l’origine de plus de 500 accompagnements annuels. D’abord développé en Ile de France, il est en train d’essaimer sur le territoire (festival off d’Avignon, les Zébrures de Limoges,…).

Récemment, les “subpacs” ont fait leur apparition dans différents évènements musicaux. Il s’agit d’un dispositif permettant aux spectateurs sourds et malentendants de ressentir la musique. Il a été mis au point par Timmpi, une entreprise américo-canadienne spécialisée dans le développement de technologies audio immersives et inclusives pour rendre la culture sonore accessible pour tous. Ces “subpacs” prennent la forme d’un gilet qui se porte comme un sac à dos, ils sont reliés en Bluetooth à une table de mixage qui reçoit le son des instruments et le restitue par des vibrations. Ainsi, le public équipé peut ressentir les ondes de la musique.

Subpack

Source : https://aeronef.fr/lexperience-subpac/

Se sentir bienvenus

« Pour nous, il est essentiel que les lieux de culture qui affichent leur volonté d’accessibilité soient en mesure d’accueillir correctement les spectateurs en situation de handicap sensoriel. On le répète continuellement lors de nos formations auprès des équipes des lieux culturels » insiste Sandrine Gadrat. Accueillir un spectateur déficient visuel, c’est par exemple être en mesure de l’accompagner jusqu’à sa place et de venir le voir pendant l’entracte pour l’accompagner dans ses déplacements et s’assurer que tout se déroule convenablement. C’est aussi connaître quelques mots en LSF ou simplement « savoir se débrouiller » face à une personne malentendante. « Offrir la culture pour tout le monde, c’est l’engagement d’une équipe dans sa globalité » conclut-elle.

Un autre axe de progression : le grand public pourrait accepter plus favorablement les dispositifs d’inclusion.

« Le sous-titrage dans les films en français peut engendrer des réactions négatives du grand public vers lequel il faudrait faire des efforts de pédagogie » témoigne Sandrine Dias. Les dispositifs d’audiodescription, via un casque prêté par la salle ou le téléchargement d’une application avec la version audiodécrite telle que l’application Greta, ne gênent en général pas les autres spectateurs.

« Au théâtre, le bénévole, assis à côté de la personne malvoyante, avertit les spectateurs installés à proximité de son action de soufflage. Une fois qu’on prévient, c’est le début de la sensibilisation » se réjouit Catherine Mangin.

Sources :
[1] Etude quantitative sur le handicap auditif à partir de l’enquête « Handicap-Santé ». Drees, Série Etudes et Recherches n° 131, 2014
[2] Les personnes ayant un handicap visuel. Drees, Etudes et Résultats, n°416, 2005

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