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Alcoolisation fœtale, des dégâts aussi sur la vision et l’audition

L’alcool nuit au développement du fœtus, pouvant, dans les cas les plus sévères, aboutir à un syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF). Les chercheurs tentent de mettre au point un dépistage précoce via un examen du fond d’œil. Explications.

Femme enceinte« Voici Delphine et Paul. Ils s’aiment et Delphine est enceinte d’un enfant très attendu. Alors, elle a arrêté de fumer, de manger des sushis, mais boit juste un petit verre de temps en temps. Elle ne pense pas à mal. » Pourtant, quand elle boit son verre de vin rouge, « le cerveau du fœtus souffre. Quelques mois plus tard, Jules naît. Il est très impulsif, n’a pas trop de copains, a du mal à l’école, fait des bêtises, petites, moyennes, grosses. Mais qu’est-ce qu’il a ce môme ? »

La dernière vidéo de sensibilisation de l’association SAF France répond à cette question : « Comme un bébé toutes les demi-heures, soit 1,3 million de personnes en France, Jules est atteint de troubles causés par l’alcoolisation fœtale. C’est la première cause de handicap non génétique, pourtant évitable. » Le tout premier à décrire le syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF), dans un article consacré aux « enfants de parents alcooliques » dans la revue L’Ouest médical en 1968, est un pédiatre français, le Dr Paul Lemoine. Le SAF est le stade le plus sévère des troubles causés par l’alcoolisation fœtale.

L’alcool pendant la grossesse, des effets à retardement

« Zéro alcool pendant la grossesse. » La recommandation est martelée par tous les gynécologues-obstétriciens à leurs patientes, futures mamans, et les différentes campagnes de prévention de santé publique. À juste titre : l’alcool consommé par une femme enceinte passe rapidement dans le sang du fœtus à travers le placenta, qui ne le filtre pas. 1 gramme d’alcool dans le sang de la mère, c’est autant dans celui du fœtus. Le foie de l’enfant en développement a beaucoup de mal à dégrader cet alcool. Selon les experts, cela peut entraîner des troubles des apprentissages (écriture, lecture, motricité fine…), du comportement (hyperactivité, agressivité…), de graves malformations et un retard de croissance. L’audition et la vision du bébé peuvent aussi être impactées (cf. paragraphe suivant). D’où la nécessité de ne pas boire une goutte d’alcool, quel qu’il soit (bière, vin, rhum…), pendant la grossesse. Il n’y a pas de seuil en dessous duquel les risques sont nuls. Même si plus la consommation est élevée, plus les risques sont importants. Un message qui a encore du mal à passer. Une étude de SAF France révélait ainsi en 2023 que 27% des femmes enceintes continuaient de boire de l’alcool pendant leur grossesse.

Le développement de la vision et de l’audition entravé

Syndromes d’alcoolisation fœtale

© educationspecialisee.ca

Il existe un large éventail de signes et de symptômes liés à ce trouble. Quand la consommation d’alcool a été élevée, le bébé peut, à la naissance, présenter une dysmorphie faciale, avec notamment des fentes palpébrales (l’ouverture des yeux) raccourcies. Les yeux semblent aussi trop écartés. Les oreilles, elles, peuvent être décollées et mal ourlées. Le Dr Paul Lemoine, le premier à décrire ce syndrome, disait que les oreilles étaient « mal implantées, déformées, avec un bord supérieur horizontal. » Les jours suivant la naissance, le tout petit peut souffrir, entre autres, d’hyperacousie, une sensibilité exacerbée aux sons. Le SAF peut aussi être à l’origine d’une déficience sensorielle. Par rapport à la population générale, les personnes porteuses d’un SAF ont un risque de déficience visuelle 31 fois supérieur, et de déficience auditive 126 fois supérieur. C’est ce que révélait une méta-analyse menée par le Dr Svetlana Popova, publiée en 2016 dans la revue The Lancet. Il n’existe pas de traitement spécifique du SAF. Chaque trouble, comme la déficience visuelle, sera soigné par les spécialistes concernés.

L’enjeu d’un diagnostic précoce

Dans ses formes les plus graves, le syndrome d’alcoolisation fœtale est visible dès la naissance, car les enfants présentent des malformations du visage. En revanche, dans les formes plus légères, les troubles ne deviendront évidents que bien plus tard, par exemple au moment de l’entrée au CP. Or, dépister tôt permettrait de mieux prendre en charge l’enfant, et ainsi de réduire le risque de complications. Aujourd’hui, beaucoup de bébés échappent au repérage, et leurs symptômes peuvent être attribués à autre chose. C’est pourquoi des chercheurs tentent de trouver des moyens pour que le syndrome d’alcoolisation fœtale ne passe plus inaperçu à la naissance, quel que soit son degré de sévérité. C’est justement l’objectif d’une équipe Inserm basée à Rouen. « Parmi les molécules pouvant impacter le neurodéveloppement, nous travaillons depuis longtemps sur l’alcool », explique Carole Brasse Lagnel, chercheuse. Le projet qu’elle porte au sein de l’équipe de Bruno Gonzalez, directeur de recherche Inserm, n’a qu’une seule obsession : identifier des marqueurs biologiques associés à ces troubles, pour proposer un diagnostic précoce. Et leurs premiers résultats sont très prometteurs.

Bientôt un simple fond d’œil pour dépister l’alcoolisation fœtale ?

L’équipe vient ainsi de montrer, chez la souris, que les anomalies neurovasculaires et neuronales provoquées par l’alcoolisation fœtale se retrouvent au niveau de la rétine. « La rétine est le prolongement du système nerveux central », rappelle Carole Brasse Lagnel. « Mais à la différence du cerveau, elle est beaucoup plus accessible. Chez un nouveau-né, faire une IRM est bien plus compliqué qu’un simple fond d’œil. Pour preuve, ce dernier examen est déjà pratiqué en routine, notamment chez les prématurés, en cas de suspicion de rétinopathie. »

L’équipe a aussi observé un déficit en neurones à calrétinine, des cellules qui participent à la transmission du signal visuel vers le cortex. Ce déficit pourrait contribuer aux troubles de la vision fréquemment retrouvés chez les enfants exposés in utero à l’alcool. « L’observation de rétines de souriceaux, ex vivo, entre 0 et 15 jours après leur naissance, a montré une altération des plus petits vaisseaux. Notre objectif est maintenant d’observer ces anomalies du réseau microvasculaire in vivo, chez les souriceaux, par un fond d’œil à la naissance. » Si ces résultats sont transférables chez l’homme, cela permettra d’effectuer un dépistage précoce des enfants à risque. Et donc, de leur offrir « un accompagnement plus dès les premières semaines de vie, et plus efficace qu’il ne l’est aujourd’hui. »

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