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L’audition à l’épreuve du télétravail

Avec les confinements, plus d’open-spaces bruyants, mais le télétravail n’apparait pas pour autant comme la panacée pour préserver l’audition des travailleurs. Des enquêtes montrent au contraire des répercussions sur celle-ci, avec l’apparition de difficultés de compréhension de la parole, voire des troubles auditifs.

Le télétravail, une échappatoire aux ambiances bruyantes des transports et des bureaux surpeuplés ? Pas vraiment si l’on en croit deux sondages réalisés par l’Ifop (Institut français d’opinion publique)* pour l’association Journée Nationale de l’Audition (JNA), en septembre 2020 [1] et en février 2021 [2], dont le dernier a été rendu public lors de la Journée Nationale de l’Audition le 11 mars. Ainsi, chez les télétravailleurs quotidiens, 53 % des sondés se disent gênés par le bruit au travail, un chiffre équivalent à celui de l’ensemble des travailleurs, et qui monte même à 66 % chez les télétravailleurs réguliers (qui télétravaillent deux à trois jours par semaine). Alors que la présence physique des collègues et leurs conversations directes ont disparu, d’autres nuisances prennent en effet le relais. Le sondage de septembre 2020 met ainsi en avant, pour 40 % au moins des télétravailleurs quotidiens, les bruits provenant de l’extérieur de leur domicile et les autres conversations téléphoniques.

Une situation qui revient souvent dans les témoignages recueillis par différents médias. Nombreux sont les télétravailleurs à enchainer des heures de visioconférences ou d’appels téléphoniques chaque jour, bien souvent au casque afin de se préserver des bruits environnants : travaux chez les voisins, enfants qui jouent, compagnon ou compagne eux-mêmes en conférence…

 

Des problèmes psycho-acoustiques aux difficultés de compréhension

Résultat, la fatigue auditive s’installe. « La faute en est à la pression acoustique qui est confinée dans le conduit auditif du fait de la présence du casque, quand normalement, elle se trouve diluée dans toute une pièce. Cela crée de la fatigue pour l’oreille interne », explique le Dr Jean-Michel Klein, ORL et vice-président du syndicat national des ORL. La pression acoustique est la pression exercée par l’onde sonore sur la membrane réceptrice (tympan, microphone…) et intégralement transmise aux cellules de l’oreille interne. Par ailleurs, plus le volume est élevé, l’écoute fréquente et prolongée, plus la personne risque d’avoir des dommages importants et irréversibles (surdités, acouphènes…). Fait inquiétant, selon les sondages de l’association JNA, 58 % des télétravailleurs déclarent régler le volume de leur casque ou écouteurs au-delà de 50 %. La durée d’utilisation des écouteurs et du casque, souvent de mauvaise qualité, a augmenté chez 65 % des personnes qui pratiquent le télétravail quotidiennement et chez 44 % des télétravailleurs occasionnels. 20 % des télétravailleurs déclarant aussi utiliser ces dispositifs au moins deux heures par jour.

L’enquête réalisée pour la JNA montre que 63 % des télétravailleurs réguliers ont déjà ressenti des gênes ou des troubles auditifs après avoir utilisé de manière prolongée des écouteurs ou un casque. Sifflements, bourdonnements, effets cotonneux, difficulté de compréhension de la parole ne sont pas rares, mais heureusement transitoires et sans réelles conséquences à long terme pour ce qui est de l’audition pure. « Nous n’observons pas de conséquences sur l’audiogramme de ces personnes, il n’y a pas de perte auditive. Cela serait exagérer le problème, qui est plus sociétal et psycho-acoustique. La situation n’est pas comparable avec les chocs acoustiques qui peuvent survenir dans certaines professions à risque, comme les ouvriers du bâtiment », selon le Dr Klein. D’autant que les difficultés ne sont pas dues qu’à cet usage intensif de casques. Dans la vie de tous les jours, le masque complique aussi la compréhension de la parole chez plus de 80 % des personnes sondées en février, tout type de travailleurs confondus. Ce qui entraîne déjà une fatigue auditive et psychologique. De même, avec l’expérience du télétravail, l’être humain se trouve confronté au double confinement, chez lui et dans son casque. Or les bruits environnants, y compris les conversations des collègues qui peuvent apparaitre comme perturbatrices, font partie de nos échanges avec l’extérieur. Une conséquence importante de la combinaison « casque » et « télétravail » impose un isolement qui peut être vécu comme anxiogène et ajouter aux conséquences psycho-sociales, dont le risque psycho-acoustique n’est qu’une composante. Le Dr Klein précise « certaines personnes rapportent une intolérance au bruit, des troubles de la concentration et, si la situation se prolonge, certaines peuvent aller jusqu’à souffrir d’une dépression ».

 

Appareils de mauvaise qualité et report des bilans auditifs

Si les professionnels de l’audition n’alertent pas encore sur des pathologies auditives avérées et significatives dans le temps qui seraient précisément liées au télétravail, l’association JNA tient à rappeler que des moyens simples peuvent être mis en place pour limiter les désagréments auditifs subis lors du télétravail. Le matériel peut ainsi être adapté. « Environ 65 % des télétravailleurs utilisent un casque ou des écouteurs basiques, sans réducteur de bruit. Il existe des casques de travail pour optimiser le traitement de la parole », rappelle Sébastien Leroy, porte-parole de la JNA, au site de 20 minutes. Des casques à coque recouvrant bien l’oreille, mais avec un système d’évent pour permettre une fuite de l’air vers l’extérieur, sont calibrés pour ne pas avoir à trop monter le volume sonore. L’autre option intéressante consiste à utiliser une petite enceinte, car l’écoute en champ libre est beaucoup moins fatigante pour l’oreille que les écouteurs ou le casque, et diminue les risques d’acouphènes. Des pauses sont aussi nécessaires, d’au moins 10 à 15 minutes entre chaque visioconférence, soit toutes les une à deux heures. Selon les deux sondages de septembre 2020 et février 2021 réalisés pour la JNA, un Français sur deux n’a jamais réalisé de bilan complet de son audition. Il est donc important de rappeler que toute gêne qui s’installe ou acouphène doit faire consulter un spécialiste ORL. Or seulement 44 % des Français s’estiment suffisamment informés sur ces risques pour l’audition. Par ailleurs, un autre enseignement révèle que la crise sanitaire a relégué au second plan la santé auditive puisque 12 % des Français ont reporté leurs soins auditifs du fait de la Covid-19.

 

*Les enquêtes ont été menées auprès d’échantillons respectivement de 1064 et 1005 personnes, représentatifs de la population française active âgée de 18 ans et plus ou 15 ans et plus. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du 11 au 14 septembre 2020, puis du 9 au 12 février 2021.

 

[1] Enquête JNA – Ifop 2020 «Comprendre la parole au travail, un défi ?» https://www.journee-audition.org/pdf/CP-enquete-ifop-JNA-SSAT2020.pdf

[2] Enquête JNA – Ifop 2021 « La place de l’audition dans la santé des Français – Impacts COVID-19 » https://www.journee-audition.org/pdf/CP-synthese-enqueteJNA-2021.pdf

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